‹ ŒuvresChapitre 26 sur 64 · Voyez plus haut la Noie relative à Héberl · texte numérisé non relu

Voyez plus haut la Noie relative à Héberl

223 ŒUVRES DE CAMILLE DESMOULlNS.

aurait pas à balancer. » Celui-là est un révolutionnaire qui a avancé comme une des premières maximes de la politique que, « dans le maniement des grandes affaires, il était triste, mais inévitable, de s'écarter des règles austères de la morale. » N" 1 . Celui-là est révolutionnaire qui est « allé aussi loin que Marat en révolution, mais (jui a dit qu'au delà de ses motions el des bornes qu'il a posées il fallait écrire, comme les géographes de l'antiquité à l'extrémité de leurs cartes : « Au delà, il n'y a plus de cités, plus d'habitations; il « n'y a que des déserts ou des sauvages, des glaces ou « des volcans. » N° ^2. Celui-là est révolutionnaire qui a dit que <■ le Comité de salut public avait eu besoin de se servir, pour un moment, de la jurisprudence des despotes, et de jeter sur la Déclaration des droits un voile de gaze, il est vrai, et transparent. » Celui-là est révolutionnaire, enfin, qui a écrit les premières et les dernières pages du numéro 3; mais il est làclieux que les journalistes, parmi lesquels j'ai reconnu pourtant de la bienveillance dans quelques-uns, n'aient cité aucun de ces passages. Quand la plupart auraient pris le mol d'ordre du Pèi^e Duc/iesne, de n'extraire de mes numéros que ce qui prêtait aux commentaires, à la malignité et à la sottise, ils ne se seraient pas interdit plus scrupuleusement toute citation qui tendît à me justifier dans l'esprit des patriotes; et c'est vraiment un miracle que, sur le rapport d'Hébert et sur des citations si infidèles et si malignes de plusieurs de mes chers confrères en journaux, les jacobins restés à la Société, à dix heures du soir, ne se soient pas écriés, comme le vice-président Bochet : « Quel besoin avons-nous d'autres témoins'/ » et que le juré d'opinion n'ait pas déclaré qu'il était sufllsamment instruit, et que, dans son àme et conscience, j'étais

convaincu de modérantisme, de feuillanlisme et de brissolisme?

Et cependant quel tort avais-je, sinon d'être las d'en avoir eu, d'être las d'avoir été poltron, et d'avoir manqué du courage de dire mon opinion, fût-elle fausse. Je ne crains pas que la Société me blâme d'avoir fait mon devoir. Mais si la cabale était plus forte, je le dis avec un sentiment de fierté qui me convient; si j'étais ra\é, ce serait tant pis pour les jacobins. Quoi! vous m'avez commandé de dire à la tribune ce que je crois de plus utile pour le salut de la République! Ce que je n'ai pas les moyens physiques de dire à la tribune, je l'ai dit dans mes numéros, et vous m'en feriez un crime ! Pourquoi m'avez-vous arraché à mes livres, à la nature, aux frontières, où je serais allé me faire tuer comme mes deux frères, qui sont morts pour la liberté? Pourquoi m'avez-vous nommé votre représentant? Pourquoi ne m'avez-vous pas donné des cahiers? Y aurait-il une perfidie, une barbarie semblable à celle de m'envoyer à la Convention, de me demander ainsi ce que je pense de la République, de me forcer de le dire, et de me condamner ensuite, parce que je n'aurais pas pu vous dire des choses aussi agréables que je l'eusse souhaité? Si l'on veut que je dise la vérité, c'est-à-dire la vérité relative, et ce que je pense, quel reproche a-t-on pu me faire, quand même je serais dans l'erreur? Est-ce ma faute si mes yeux sont malades, et si j'ai vu tout en noir à travers le crêpe que les feuilles du Père Duchesne avaient mis devant mon imagination?

Suis-je si coupable de n'avoir pas cru que Tacite, qui avait passé jusqu'alors pour le plus patriote des écrivains, le plus sage et le plus grand politique des historiens, fût un radoleur?Que dis-je?Tacile. CeBrutus II. iO

même, dont vous avez l'image, il faut qu'Hébert le

fasse chasser comme moi de la Société; car si j'ai été un songe-creux, un vieux l'èveur, je Tai élé non-seulement avec Tacite et Machiavel, mais avec Loustalot et Marat, avec Thrasyhule et Brutus.

Est-ce ma faute s'il m'a semblé que, lorsque le département de Seine-et-Marne, si tranquille jusqu'à ce jour, était si dangereusement agité, depuis qu'on n'y messait plus, lorsque des pères et mères, dans la simplicité de l'ignorance, versaient des larmes, parce qu'il venait de leur naître un enfant qu'ils ne pouvaient pas faire baptiser; bientôt les catholiques allaient, comme les calvinistes du temps de Henri II, se renfermer pour dire des psaumes, et s'allumer le cerveau par la prière; qu'on dirait la messe dans les caves, quand on ne pourrait plus la dire sur les toits; de là des attroupements et des Salnl-Barthélemy; et que nous allions avoir l'obligation, principalement aux feuilles b... patriotiques du Père Duchesne , colportées par Georges Bouchotte , d'avoir jeté sur toute la France ces semences si fécondes de séditions et de meurtres?

Est-ce ma faute, enfin, s'il m'a semblé que des pouvoirs subalternes sortaient de leurs limites et se débordaient; qu'une Commune, au lieu de se renfermer dans l'exécution des lois, usurpait la puissance législative, en rendant de véritables décrets sur la fermeture des églises, sur les certificats de civisme, etc. Les aristocrates, les feuillants, les modérés, les brissotins, ont déshonoré un mot de la langue française, par l'usage contre révolutionnaire qu'ils en ont fait. Il est malaisé aujourd'hui de se servir de ce mot. Cependant, frères et amis, croyez-vous avoir plus de bon. sens que tous les historiens et tous les politiques, être

plus républicains que Galon et Brulus,fiui tous se sont servis de ce mol? Tous ont répété celte maxime : v L'anarciiie, en rendant tous les hommes maîtres, les réduit bientôt à n'avoir qu'un seul maître. » C'est ce seul maître que j'ai craint; c'est cet anéantissement de la République ou du moins ce démembrement. Le comité de la République, ce comité sauveur, y a porté remède; mais je n'ai pas moins le mérite d'avoir le premier appelé ses regards sur ceux de nos ennemis les plus dangereux et assez habiles pour avoir pris la seule route possible de la contre-révolution. Ferezvous un crime, frères et amis, à un écrivain, à un député, de s'être effrayé de ce désordre, de cette confusion, de cette décomposition du corps politique, où nous allions avec la rapidité d'un torrent qui nous entraînait, nous et les principes déracinés; si, dans son dernier discours sur le gouvernement révolutionnaire^ Robespierre, tout en me remettant au pas, n'eût jeté l'ancre lui-même aux maximes fondamentales de notre révolution, et sur lesquelles seules la liberté peut être affermie et braver les efforts des tyrans et du temps?

Extrait des registres de la Trésorerie nationale, du 2 juin.

Donné au Père Duchesne 13o,000 liv.

Le 2 juin ! tandis que tout Paris avait la main à l'épée pour défendre la Convention nationale, à la même heure, Hébert va mettre la main dans le sac.

Plus, du mois d'août, au Père Duchesne. . 10,000 liv.

Plus, du 4 octobre, au Père Duchesne. . . 60,000 liv.

Calculons ce dernier coup de filet.

Odciil de ht valeur des 600,000 exmqdaires de la feadle du Père Duchesne, ixojés pur Bouchotte 00,000 livres.

! Composition IGliv.

Ti'-age. . 8

Papier bien mauvais 20

Total 44 liv.

Chacun l '^"''^age SÏW.

des autres { Papier 20

"^99,000 I Total 28 liv.

Premier mille 4iliv.

;;9!),000, à 28 livres, ci 16,772

Total du vrai prix des 600,000 exemplaires 16,816

Qui de 60,000 iTv^

comptées par Bouchotte à He- En I bert, le 4 octobre 1793, et que conséquence, '^ celui-ci, avec une impudence cynique, dans son dernier numéro, appelle la braise nécessaire pour chauffer son fourneau, ôte 16,816 liv.

reste volé à la nation, le 4 oc- V tobre 1703 43. 184 liv.

On s'abonne chez Desenne, moyennant 5 livres [lour trois mois '.

1. Jusiiu'alors les miméro» du Vieux Curdelicr ressemblaient au premier.

Page 1