Proviseur du collège de Louis-le-Grand
2. Proliablement le comte de Chambors, député {lar la Vicomte de Gouseraiis (Communes).
3. Curé de Saint-Jean de Saint-Quentin, député par le bailliage de Saint-Quentin (Clergé).
4. Deviefville des Essarls, subdélégué de Guise, Iwilliage de Vermandois (Communes),
CORRESPONr)A>'CE DE CAMILLE I)ESiM(»ULlNS. 313
loiis nos députés se rengorgeaient ! Ils avaient caput iiiti-a nubcs et avec raison. Le discours de Tévéque de Nancy ayant duré trop longtemps, l'abbé deBourville, un de mes camarades, m'amena diner cbez son oncle,
le chevalier M ger \ maréchal des camps. C'est là
que je pus voir combien le corps de la noblesse était irrité contre M. Necker. On avait crié par mille et par mille : Vive le roi! vive le tiers-étal f il y eut quelques saints pour le duc d'Orléans, rien pour les étofles d'or ni les soutanes. Le visage du monarque était épanoui de joie. Il y avait trois ans qu'il n'avait entendu crier : Vive le roi! « A Versailles, nous disait M. de Watronville ^ il y avait cent mille hommes qui s'égosillaient en vivats. « Je n'ai vu ni le prince de Condé, ni le prince de Conti; j'allai voir M. Bailly après dîner. Je le trouvai avec les députés de Villers- Cotterets et de Soissons, tous ravis d'aise et remplis d'un saint zèle. La pensée de leur mission me remplissait de respect, et j'étais étonné d'éprouver pour notre monsieur le curé un sentiment de vénération dont j'étais si loin h Laon. Je vous en ai beaucoup voulu à vous et à votre gravelle. Pourquoi avoir montré si peu d'empressement pour obtenir un si grand honneur? C'a été le premier de mes chagrins.
J'ai écrit bier à Mirabeau pour être, s'il y a moyen, un des coopérateurs de la fameuse gazette de tout ce qui va se passer aux états-généraux, à laquelle on souscrit ici par mille, et qui rapportera cent mille
1 . La liste des maréchaux de camp, telle que la donne I'Alma- NACH KOYAL de 1789 et 1790, ne contient aucun nom de chevalier auquel on puisse rapporter cette initiale et celle terminaison. Il y a, vraisemblaljlemeni, quelque faute de transcription dans le texte de M. Matton.
2. Il s'agit probablement de Urbain de Watronville, aide des cérémonies. (Maison du roi.)
314 ŒUVRKS DK CAMILLE DESMOULINS.
écus, dit-on, à Tauleur. Voulez-vous (|uc j'aille souscrire pour vous?
Votre lils,
Desmoulins.
LeUre de Camille Desmoulins ù son père, lieutenant-général du bailliage, à Guise, sur la dépulalion envoyée le mercredi 27 mai 1789 par les Communes au clergé, pour l'engager de nouveau à se réunir à elles dans la salle de l'assemblée générale. (CoUalionné sur l'original.)
3 juin 1789.
Mon très-cher père,
Je reçois votre lettre à mon retour de Versailles, où j'étais allé voir nos chers députés. Je suis de jour en jour plus content du choix qu'on a fait de mon cousin Viefville. C'est un excellent citoyen, un vrai patriote, et il ne tiendra pas à lui que nous ne soyons dans le meilleur des mondes possibles. J'ai vu aussi M. Target, avec qui j'ai causé fort longtemps. Pour lui, l'intérêt qu'il prend à notre cause le rend méconnaissable. Il m'a rempli d'admiration. Il est pénétré de la dignité, de l'importance de sa mission. Il ne se voit plus lui-même, ce qui m'a étrangement surpris : il ne voit plus que la nation. Il ne veut point être président, il ne voudrait point être garde des sceaux ; il ne veut que le bien public, il croit qu'il y concourra plus efficacement en restant simple citoyen. Jamais je n'ai vu une plus entière abnégation de soi-même. Comme je ne pouvais m'empêcher de lui parler de l'indignation que je ressentais, surtout alors contre les calomnies qu'on publiait contre lui, il m'a répondu
avec un patriotisme romain et avec celle indiiïérence que le défenseur de Milon prèlailàson client i : Valeant cives mei ; sint incolumes, sint florentes, sint beati, stet patria iniki carisshna, quoquo modo erit mérita de me. Celte grandeur d'âme m'a touché au delà de toute expression.
Ces voyages de Versailles me coûtent beaucoup, parce que je vais dîner avec nos députés de Dauphiné et de Bretagne; ils me connaissent tous comme un patriote et ils ont tous pour moi des attentions qui me tlaltent. Le tiers-état n'espère plus rien de la noblesse et du clergé. Si le clergé avait pu se réunir à eux, il l'aurait fait jeudi dernier, lorsque Target, à la tête d'une dépulation, leur lit un discours qui attendrit plusieurs personnes jusqu'aux larmes; il les conjura, par tout ce qu'il y avait de plus sacré, de se rendre à l'assemblée générale. Les curés, entraînés par son obsécration, crièrent par quatre fois -.Aux voix! aux i'02x/Mais le président ne voulut jamais aller aux voix, et les èvêques, voyant la majorité évidemment contre eux, mirent tout leur soin à faire remettre la délibération au lendemain. D'ici à quinze jours, le schisme éclatera, le tiers état se déclarera la nation ; ce qui consterne plusieurs députés, toutes les provinces n'étant pas aussi remplies de patriotes que le Dauphiné, la Bretagne, et la Provence et Paris, et la guerre civile pouvant s'allumer.
L'abbé dont vous n'avez pu déchiffrer le nom est l'auteur du livre trois fois réimprimé : Qu'est-ce que le Tiers ? l'abbé Sieyès^; on prononce Syess ^.