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C'était la France libre

2. Camille allait souvent au café Procope, rue du Théâtre-Français.

Ircnte mille jeunes gens conscripls et prêls à soutenir la cause que leurs représentants défendent à Versailles. Les Bretons exécutent provisoirement quelques-uns des articles de leurs cahiers. Ils tuent les pigeons et le gibier. Cinquante jeunes gens viennent de faire de même ici près une déconfiture de lièvres et de lapins dont il n'y a pas d'exemple. On dit qu'ils ont détruit à la vue des gardes, qui n'ont osé les attaquer, quatre à cinq mille pièces de gibier, dans la plaine de Saint-Germain.

J'ai trop loué la députation de Paris, à l'exception d-e Target '. Bien des gens qui m'entendent ici pérorer s'étonnent qu'on ne m'ait pas nommé député, compliment qui me flatte au delà de toute expression. Nous n'avons pas idée quelle foule d'étrangers et de Français de toutes les provinces les états ont attirés à Paris. La ville est pleine comme un œuf; Versailles de même. On assure qu'il s'y tient chez un prince des conférences d'aristocrates, qu'il s'y forme une confédération entre les nobles et les parlements; confédération impuissante, si la nouvelle estvraie que la Bretagne et quelques autres provinces se remplissent de cocardes, non pas hostiles néanmoins, mais comminatoires, et que nous ayons une armée d'observation.

Mon très-cher père, vous ne vous faites pas idée de la joie que me donne notre régénération. C'était une belle chose que la liberté, puisque Caton se déchirait les entrailles plutôt que d'avoir un maître. Mais, hélas! je voudi'ais bien me régénérer moi-même, et je me trouve toujours les mêmes faiblesses, le dirai-je?

1. Le texio a élé alléré. L'original poiie : » J"ai trop loué la Députalion de Paris. A l'exeeplioii de Target, Cassius et l'ablié Syeyes (ce dernier même n'a pa.s le don tle la parole), elle est médiocre. »

les mêmes vices... Ce n'est pas du moins celui de ne pas aimer mon père, à qui je souhaite les plus longs jours et toute sorte de prospérités. Il y a ici des patriotes qui m'olïrent de m'emmener en Bretagne avec eux. Avez-vous des nouvelles de mon frère? il est de ce côté-là. Vous purle-t-il des affaires du temps? Mais à quoi pensé-je moi-même de penser qu il s'occupe des états- généraux?

J'ai l'honneur d'être, mon très-cher père, votre trèshumble et très-obéissant fils,

Desmoulins.

LeUre de Camille Desmoiilins à son père sur les journées de lundi et mardi 22 et 23 juin 1789.

Ce 24 juiu 1789.

J'ai passé à Versailles le lundi et le mardi. Lundi on nous annonce, à notre arrivée, que la séance royale est remise ; il pleuvait, des gardes empêchaient les députés d'entrer dans leur salle. C'était un spectacle affreux, pour les bons citoyens, de voir nos dignes représentants courir dans les rues sans savoir où s'assembler. Les Recollets eurent l'indignité de refuser leur église. Le curé de Saint-Louis offrit la sienne. Là, je fus témoin d'un des beaux spectacles que j'eusse vus de ma vie, la réunion de cent quarante-neuf députés du clergé. Il y eut de part et d'autre plusieurs discours touchants. L'abbé Oge ^ est du nombre des curés fidèles aux communes. Le curé de Saint-Martin

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