‹ ŒuvresChapitre 47 sur 64 · L'abbé Gibert · texte numérisé non relu

L'abbé Gibert

2. C'est Paporet, Tun des officiers en charge, nommé en 1759. {Ahnanach royal de 1789, pag. 272 et 278.) Il mourut, en effet, comme le dit Camille, de la révolution que lui firent les huées dont fut accueilli 3Iessire Barentin, garde-des-sceaux.

3. Duval d'Éprémesnil, conseiller au Parlement de Paris, première Chambre des Enquêtes. Mirabeau l'ap[)c\siilCrispin-Cutilina.

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cahiers; il finil par dire : Point de reinonli-ances^ el leva la séance. Les nobles applaudirent, une jjonne partie du clergé en lit autant. Le plus morne silence dans le Tiers-État. Les deux Ordres sortirent, k l'exception de trente ou quarante curés qui demeurèrent avec le Tiers. Il était onze heures. Le Tiers demeura assemblé jusqu'à trois heures. Il protesta, confirma les délibérations du 17, et annula tout ce qui venait d'être fait. M. de Brezé vint leur dire de se séparer. (X Le roi, dit Mirabeau, peut nous faire égorger ; «dites-lui que nous attendons tous la mort; mais « qu'il n'espère pas nous séparer que nous n'ayons « fait la Constitution. » M. de Bi'ezé revint une seconde fois; même réponse, et ils continuèrent leurs délibérations. Ils déclarèrent par un second arrêté leurs personnes sacrées et inviolables; par un troisième arrêté, il déclarèrent qu'ils ne pouvaient obéir <à la volonté du prince, et décrétèrent d'ouvrir toujours à la nation la porte de leur assemblée. En un mot, tous ont montré une fermeté romaine et sont dé-i cidés à sceller de leur sang nos libertés. Tout Paris est en combustion, le Palais-Royal est plein comme un œuf; on applaudit partout le duc d'Orléans avec transport. Le .roi passe, personne ne dit mot; M. Bailly, président de l'Assemblée, paraît, tout le monde bat des mains ; on crie : Vice la nation ! M. Necker a donné sa démission ; tous les députés allèrent liiei' soir lui faire leurs adieux; on fondait en larmes chez lui. L'aflhiencedans la cour des ministres était immense. La cour fut effrayée, on cria : avx armes! les soldats ne firent aucun mouvement; le roi se crut perdu.

On appela M. Necker, et le roi se montra avec lui sur le balcon, pour tranquilliser les esprits. Mais

CORRESTDXDAXCE DE CAMILLE DESMOULINP. 321

M. Necker ne reste que pour ne pas soulever toute la nation par sa i-elraile. La police fait courir le bruit que le roi est revenu sur ses pas Je croyais la police auteur de ces bruits; mais, dans l'instant, quelqu'un qui arrive de Versailles m'annonce qu'ils sont fondés ; que la foule a suivi les députés chez M. Necker, et qu'elle était telle que la cour s'est etTrayée ; qu'on a réellement crié aux armes! sans que le soldat ait bougé; que le roi, alors, a eu avec M, Necker une conférence de trois quarts d'heure ; qu'il est sorti dé la galerie tenant M. Necker par la I7.ain, en lui disant : « Vous me promettez de ne pas me quitter, » et JM. Necker lui répondant tout haut également : « Et « vous aussi, sire, vous me donnez votre parole ; » qu'alors tout le monde a crié jusque dans la galerie et les appartements, chose inouïe : vive M. Necker! que le peuple, profitant de la veille de la Saint-Jean et de la coutume du jour, courut avec des flambeaux, en criant dans les jardins et jusque sous les fenêtres de la reine : vive M. Necker! 11 ajoute que demain la minorité de la noblesse se réunira à l'Assemblée nationale ; que la majorité du clergé a été grossie ce soir de deux membres, et entre autres de l'archevêque de Paris, celui-ci parce qu'il vient d'être lapidé à quatre heures. On l'a poursuivi avec des huées et des pierres jusqu'à la Mission, où il demeure. Les gardes qui entouraient savoiture avaient l'air eux-mêmes d'approuver la lapidation. On a fini par casser toutes les vitres de la Mission. Ses laquais blessés l'ont forcé de siéger avec la majorité. Au matin, on a trouvé murée la porte de l'Assemblée nationale, et les députés ont été obligés d'entrer par la petite. Comme les gardes n'avaient pas de baïonnettes, et que leurs fusils n'étaient pas chargés, on les a enfoncés et on est entré par la

petite porte. Il y a eu des motions vigoureuses; la reine a été nommée dans une et presque accusée. On

a dénoncé le garde des sceaux et V de la 'rour\ et

demain on doit nommer un comité pour informer, et l'Assemblée nationale est décidée à les juger comme ayant trompé le roi. Les esprits sont tellement échauffés, qu'ils feront bien de sortir de France. Je suis allé au Palais-Royal, où le duc d'Orléans lui-même avait confirmé presque toutes ces nouvelles pour calmer le peuple. La foule était immense. On a fait demander pardon à genoux à un abbé qui parlait avec indécence de nos députés; ir/em au secrétaire de l'ambassade de Vienne, qu'on a chassé ensuite du Palais-Royal. Je l'ai entendu moi-même demander pardon à la nation. On a administré une vigoureuse bastonnade à quelqu'un du tiers-état poUr la même cause; les autres ont été quittes pour l'amende honorable; mais celui-ci conservera longtemps les marques de sa bastonnade.

Oesaioultns.

LeUre de Camille Desmoulins à son père sur la délivrance des gardes françaises emprisonnés à l'Abbaye ; détails sur les rassemblements nombreux du Palais-Royal et sur quelques membres des états-généraux.

Premier jour de juillet.

Mon cher père , Mon cousin de Viefville, le maire, excellent citoyen

1. Vidaud de la Tour, conseiller d'État, membre du Comité pour les affaires contentieuses (Administration des finances), ci-devant directeur de la librairie sous Lamoignon. C'est lui qui fut l'ordonnateur de la séance royale du mardi 23 juin. {Semaine mémorable, p. 17.)

et patriote, aurait bien dû faire lecture à la ville de la fameuse délibération du 17^ ; et à l'exemple de la ville de Paris, de Montcour, de Laon, etc., envoyer aux états-généraux les remercîments de la municipalité ; il en est temps encore.

L'incendie croit. Jam proximus ardet Ucalegon. Les gardes françaises , comme vous savez , avaient refusé le service; on voulut punir leur insubordination : quatorze" furent mis en prison à l'Abbaye et devaient être pendus pour l'exemple. Ils ont envoyé une lettre au Palais-Royal ; c'est le camp des patriotes. A l'instant on s'est formé en colonne, on a marché aux prisons de l'Abbaye ^ et à coups de hache et de massue on a brisé les portes et ramené triomphants les quatorze gardes; on les a mis sous la sauve-garde de la nation; on les a logés dans le Palais-Royal, et on a envoyé sur-le-champ une députation à l'Assemblée nationale, pour obtenir leur grâce. Ce coup de parti a gagné les troupes, et les gardes françaises se feraient tous pendre plutôt que de faire feu sur un citoyen.

Il a été question dans l'instant de marcher à la Bastille ou à Vincennes; mais les gens sages ont représenté qu'on avait.assez fait pour un jour. Tous les patriotes s'accrochent aux militaires; on leur paye des glaces, du vin, et on les débauche à la barbe de leurs officiers.

Depuis la réunion des trois Ordres*, la dissidence dans la noblesse et le clergé ne cesse de mettre des bâtons dans la roue , comme je l'avais bien prévu et

1. Le mercredi 17 juin, la Chambre du Tiers-État se constitue en Assemblée nationale.

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