Le samedi 27 juin
33d ŒUVRES DE CAMILLE DESMOULINS.
comme je l'ai dit à ceux qui faisaient des réjouissances : c'est la ville de Troie qui illumine pour recevoir le cheval de bois.
L'hôte de l'abbé Maury, à Versailles, n'a pas voulu loger celte calotte anticonstitutionnelle et lui a signifié qu'il eût à déguerpir. De plus il a élé rossé par les patriotes.
Vous savez que l'archevêque a failli être tué. La peur l'a fait venir à résipiscence ^
Votre prince de Condé" n'ose paraître. Il est Jionni, berné, hué, chansonné.
Il y a bien trente mille hommes autour de Paris; on parle d'un camp dans la plaine des Sablons.
On a fouetté il y a quelques jours une comtesse dans le Palais-Royal, où elle tenait des propos contre M. Necker^
Au Palais-Royal , ceux qui ont la voix de Stentor se relayent tous les soirs. Ils montent sur une table; on fait troupe et on écoute la lecture. Ils lisent l'écrit du jour le plus fort sur les affaires du temps. Le silence n'est interrompu que par les bravos aux
1. Le Clerc de Juigné, archevêque de Paris, l'un des déjmlés du Clergé pour la Ville de Paris. Le 19 juin, il avait proposé à l'Assemblée de son Ordre de vérilier séparément les pouvoirs. Six jours après, le 25, au sorlir d'une séance de la minorité du Clergé, il fut assailli à coups de pierres par la foule et forcé par elle de promettre qu'il se réunirait à l'Assemblée nationale. Il tint, en effet, celte promesse.
2. Desmoulins, père de Camille, portait un grand attachement au prince de Condé, qui venait souvent dîner chez lui, à Guise.
3. Ce fol engouement pour Necker datait de loin. Quelques jours après que Louis XVI l'eût renvové la première fois tlu ministère, en mai 1781, « on vit la duchesse de Lauzun, de toutes les femmes la plus douce, et surtout !a plus timide, attaquer, dans un jardin public, un inconnu qu'elle entendait mal parler de Necker, et sortir de son caractère au point de lui dire des injures. » (vSénac de Meilhan.)
endroits les plus vigoureux. Alors les patriotes crient : ùi's.
Il y a trois jours, un enfant de quatre ans, plein d'intelligence et bien appris, fit le tour du jardin, en plein jour, au moins vingt fois, porté sur les épaules d'un crocheteur. Il criait : «Arrêt du peuple français. « La Polignac exilée à cent lieues de Paris. Condé, (( idem. Conli, idem. D'Artois, ide7n. La Reine.... » Je n'ose vous le répéter.
J'ai l'honneur d'êlre, mon clier père , votre très-humble et très-obéissant fils,
Desmoulins.
Lellre de Camille à son pure sur les journées du jeudi 9 et du vendredi 10 juillet 1789. Anecdote sur d'Éiirémesnil.
Pas de dale '.
Vous savez ce rjui s'est passé à Lyon ; on devine aisément qui avait ameuté la dernière classe du peuple. Elle a été repoussée avec grande perte parles bourgeois et les dragons ; ils ont pris une centaine de personnes. Un bourgeois, qui est arrivé hier k Lyon, m'a dit qu'il y en avait bien soixante-dix à quatre-vingts marqués et presque tous étrangers. Ce qui est très-remarquable , c'est que le commandant des dragons , à Vienne, avait été averti d'être prêt ce jour-là à aller rétablir l'ordre, avant qu'il eût reçu le courrier de la ville, qui appelait les troupes à son secours.
Je vous fais ici une collection de brochures et d'eslampes qui vous amusera.
1 . Le texte de celte lellre fournit des indications si précises, qu'il est très-facile d'en fixer exactement la date. Elle fut écrite le samedi 11 juillet.
L'Assemblée nationale a fait au roi une soumission respectueuse pour qu'il reliiât ses Iroupes étrangères et son armée anti-constitutionnelle ^ Il y a trois ou quatre petits camps autour de Paris, garnis d'artillerie comme le pont de Sèvres. Hier^ le régiment d'artillerie a suivi l'exemple des gardes -françaises ; il a forcé les sentinelles, et est venu se mêler avec les patriotes au Palais-Royal. Il paraît que la plupart des régiments français en feront autant. On ne voit que des gens du peuple qui s'attachent à tous les militaires qu'ils rencontrent : Allons, vive le tiers-état, et ils les entraînent au cabaret , où l'on boit à la santé des communes; on débauche les soldais publiquement. Avant-hier ^ au Palais-Royal, un espion de police a reçu un châtiment exemplaire : on l'a déshabillé, on a vu qu'il était fouetté, marqué; on a trouvé sur lui un martinet, ce sont les menottes de corde dont se servent ces vils coquins. On l'a baigné dans le bassin, ensuite on l'a forcé comme un cerf, on l'a harassé, on lui jetait des pierres, on lui donnait des
1. Dans la soirée du vendredi 10 juillet, Clermonl-Tonnerre, à la tête d'une députation de vingt-quatre membres, donna lecture au roi d'une três-liumble adresse, rédigée par Mirabeau, qui y peignit avec force les. justes alarmes de l'Assemblée. Quoique ceUe adresse exprimât en même temps une pleine confiance dans l'honnêteté personnelle de Louis XVI, celui-ci, plus mal inspiré que jamais, fit faire par son garde des sceaux, Barentin, une réponse dérisoire, où le refus était assaisonné d'ironie: « Si la présence nécessaire des troupes dans les environs de Paris causait encore de l'ombrage, je me porterais, sur la demande des États généraux, à les transférer à Noyon ou à Soissons. » Autrement dit : « L'armée de Paris vous elîraye; eh bien, demandez-moi que je vous place entre cette armée et les Iroupes d'Alsace et de Flandre. » Le lendemain, 1 1 , Mirabeau fil ressortir avec beaucoup de force l'asluce de cette réponse.