ÉPILOGUE
Ainsi finit le récit du peintre.
L'auditoire éclairé auquel il s'adressait, avait écouté religieusement ce parallèle en action des plaisirs de Victor et des tribulations de son ami. On sait les avantages de l'exemple sur la parole : quand ce sont les faits qui enseignent, la moralité est toujours acceptée, et la persuasion a lieu sans que l'auteur la réclame. C'est ce qui arriva dans cette circonstance. Tout le monde fut de l'avis du narrateur, excepté deux ou trois personnes, qui avaient exprimé tout haut un avis contraire avant la narration.
La conversation s'établit sur l'idée qui préside à la rédaction de cette simple histoire. On reconnut généralement que c'était une vérité pratique, qui, comme
2f8 LE MALHEUR DU RICHE
toutes les autres, admettait des exceptions. On s'accorda ensuite sur ce point, que dans un siècle civilisé, il n'y avait de guerre raisonnable que celle du travail contre la paresse, d'expropriation permise que celle de l'incapacité par l'aptitude. Et certes, ajouta quelqu'un, ceux qui ont font assez beau jeu à ceux qui n'ont pas!
Après avoir ainsi jugé cet opuscule, on pensa que, dans un pays où les hommes qui possèdent ont été mis au ban des hommes qui ne possèdent point, il pouvait être utile de publier un pareil écrit; et on engagea l'artiste homme de lettres à le faire paraître.
Il y consentit, et le livra à l'impression, en le terminant par cette pensée paradoxale, mais vraie :
« Sous un régime de liberté, où toutes les industries sont accessibles, il y a dans l'intérêt du bonheur beaucoup d'avantage à naître pauvre. Placé au bas de l'échelle on ne peut que monter; placé en haut, on ne peut que descendre. »