‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 104 sur 197 · ACTE IV, SCÈNE V l8f · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V l8f

Une éducation, certes, des plus brillantes;

Ai-je reçu de vous un semblable présent,

Pour me voir aujourd'hui la femme d'un marchand?

MONSIEUR DUPRÉ

La femme d'un marchand!... Y pensez-vous, ma fille? Mais je suis marchand, moi! mais toute ma famille, Celle de votre mère, enfin tous nos parents Ne sont-ils pas de bons et d'honnêtes marchands?

MADAME DUPRÉ

S'il m'est permis de dire ici ce que je pense, Son éducation nous donnait l'espérance De...

monsieur dupré, /' interrompant .

Vous venez de dire enfin le mot fatal! Son éducation, voilà, voilà le mal!...

Malheureux! ah! pourquoi mon imprudence extrême L'a-t-elle confiée à d'autres qu'à moi-même?

A sa fille.

A quoi vous serviront tous ces talents? à rien. Ma fille, il en faut peu, quand on a peu de bien. Trop fière pour un rang, trop peu riche pour l'autre, Sans pouvoir en sortir, vous méprisez le vôtre; Et ce que vous vaudront des talents orgueilleux, C'est d'être également déplacée en tous lieux.

Se tournant vers sa femme.

Madame, la voilà comme vous l'avez faite; Votre vanité folle est-elle satisfaite?

L'union, les rapports qui régnaient entre nous, La douce intimité, vous les détruisez tous; Et, nous rendant enfin étrangers l'un à l'autre, Vous anéantissez son bonheur et le nôtre.

i86 l'éducation ou les deux cousines

MAI) A M E D U P R Ê

Devant ma fille! ô ciel! ces accusations...

monsieur dupré.

Je rends pleine justice à vos intentions.

Oui, madame, je sais combien vous êtes bonne.

Je dirai plus, ici je ne trouve personne

Qui ne soit, comme vous, délicat, généreux.

Eh! bien, un seul travers nous rend tous malheureux.

madame dupré.

Mais ce travers enfin, cette erreur, quelle est-elle?

MONSIEUR DUPRÉ

Laure aimait autrefois la maison paternelle;

En de plus heureux temps, ce modeste séjour

Suffisait à ses vœux. Mais depuis son retour,

L'ambition, l'orgueil tourmentent sa pensée,

Et ma fille, chez moi, se trouve déplacée.

Que dis-je? elle rougit de sa condition!

Quel en est le motif? son éducation.

Mais j'ai, dans ce moment, madame, contre Laure

Un grief plus puissant, plus sérieux encore.

Je la vois repousser l'espoir que j'ai nourri

De lui donner le fils de Duval pour mari?

Cet hymen aurait fait son bonheur et le nôtre;

Duval le désirait; nous comptions l'un et l'autre,

Par ce plan, dans lequel vous étiez de moitié,

Resserrer les liens d'une vieille amitié.

Mais non! son fils n'a plus l'affection de Laure.

Que dis-je? je suis sûr qu'il la possède encore.

Oui, dans le fond du cœur elle chérit Duval;

Mais peut-elle en vouloir? il n'est que son égal.

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