ACTE IV, SCÈNE V
En général, je suis matinale, au contraire; C'est une exception. Tenez, presque toujours Je me lève à midi. Mais, depuis quelques jours, Je ne me sens pas bien; demandez à ma mère.
madame du pré, vivement.
C'est vrai.
MONSIEUR D U P R É , ironiquement.
J'avais donc tort de t'accuser, ma chère. Tu te lèves toujours à midi? c'est charmant! Permets que je t'en fasse ici mon compliment.
L au RE, à part.
Je crois, en vérité, que mon père me raille.
MONSIEUR DUPRÉ
Il est vrai que depuis six heures je travaille; Mais moi, c'est différent, je suis fait pour cela. Puis-je espérer, du moins, que Laure m'apprendra Quelle est la maladie imprévue et soudaine?...
LAURE
C'est qu'aujourd'hui je suis dans mon jour de migraine.
MONSIEUR DUPRÉ
La migraine!!... comment! ai-je bien entendu? La migraine chez moi ! !... Je suis tout confondu... Ma fille, écoutez bien, et qu'il vous en souvienne : Chez moi, je n'entends pas que l'on ait la migraine... Il ne tiendrait qu'à moi d'en avoir une aussi ! Mais, diantre! on n'acquiert pas de la fortune ainsi; Toute mince qu'elle est, je n'aurais pas la mienne, Si je m'étais permis, comme vous, la migraine.
laure, avec humeur et embarras.
Vous me traitez bien mal, mon père, en vérité.
184 l'éducation ou les deux cousines
madame dupré, se précipitant vers su fille et l'embrassant. Chère enfant !
A son mari.
Ah! monsieur, c'est de la dureté!
monsieur dupré.
Que de mes actions vous jugez bien la cause! Mais laissons ce chapitre, et parlons d'autre chose. Mesdames, veuillez bien m'écouter un instant, Je vais vous faire part d'un objet important.
madame dupré.
D'un objet important! que dites-vous?
monsieur dupré.
Sans doute; 11 s'agit d'un mari.
LAU RE
Pour moi, mon père?
MONSIEUR DUPRÉ
Écoute.
Le père de Duval me quitte en ce moment; 11 faut, avec son fils, en finir promptement.
lau re, à part.
Dieu! qu'entends-je?
Je tiens à faire une alliance, Dont le projet existe avant votre naissance. Mon vieil ami, sous peu, devant quitter Paris, Dès demain tu seras l'épouse de son fils.
lau RE, se jetant aux pieds de sou père. O mon père, je dois à vos bontés touchantes