COMTOIS, LISETTE
COMTOIS
Eh bien, Lisette?
LISETTE
Eh bien ?
COMTOIS
Comme elle m'a traité!
Que dis-tu de cela ?
L ISETTE.
Que tu l'as mérité.
Comment, diantre, Comtois, as-tu si peu d'usage? Venir lui proposer...
Elle rit.
C'est trop plaisant !
comtois, à part.
J'enrage !
LISETTE, riant toujours.
Tu comptais sûrement lui bien faire ta cour, En lui parlant ainsi? C'est un assez bon tour!
Que veux-tu? Je croyais Madame bienfaisante.
Tu ne te trompais pas : Madame est excellente. Tous les jours elle oblige une foule de gens; Elle aime tout le monde... excepte ses enfans.
COMTOIS
Mais ce que tu dis là me surprend, je t'avoue! Quoi ! pour des étrangers Madame se dévoue, Et n'est pas bonne mère !
L ISETTE.
Elle s'en garde bien.
Aimer les siens, fi donc! cela ne mène à rien. Une telle conduite est par trop naturelle; Quel gré vous en sait-on? tout le monde s'en mêle. Pour nous faire un beau nom, pour éblouir les gens, Nous usons de moyens tout à fait différens. Le bien qu'on fait chez soi n'est connu de personne. Il faut, lorsque l'on veut passer pour être bonne, Laisser là des parens qui vous tendent les bras, Pour aller secourir ceux qu'on ne connaît pas, Attirer les regards est l'importante affaire; Et ce n'est que le mal qu'on fait avec mystère. Aussi, comme tu vois, on est du comité Des prisons, de celui de la maternité; On fait partout bénir son nom, sa bienfaisance; On va dans les greniers secourir l'indigence; Voit-on sur son passage un enfant demi-nu, Expirant de besoin, si l'on pense être vu, Sans affectation on descend de voiture; On fait au malheureux conter son aventure; On essuie une larme; et, lui prenant la main, On le fait habiller chez le tailleur voisin; Puis on échappe enfin, rouge de modestie.