‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 128 sur 197 · ACTE!, SCÈNE IV 2ÎJ · texte numérisé non relu

ACTE!, SCÈNE IV 2ÎJ

Autre grief encore :

Dervillefait un geste d'impatience.

Après le mariage, J'ai remarqué qu'il est des hommes dont la rage Est de nous raconter leurs exploits amoureux, Leurs fredaines enfin; eh bien! tu fais comme eux. Adolphe, à tout propos tu lui cites les tiennes; C'est un grand tort !

Qui, moi? je parle... des anciennes.

MADAME DERVILLE

Qu'importe! son amour en doit être blessé;

Un cœur tendre, mon fils, est jaloux du passé.

La froideur, qu'à présent tu montres pour ta femme,

Je te l'ai déjà dit, me blesse au fond de l'àme.

Tiens, mon ami, ton père en usait beaucoup mieux.

11 faisait ce qu'ont fait autrefois nos aïeux :

Son cœur était à moi, ma chambre était la sienne,

Et c'est le bon parti, mon fils, qu'il t'en souvienne.

Oui, s'il faut là-dessus m'exprimer franchement,

Ta conduite, vois-tu, ne me plaît nullement.

Vous êtes dans l'erreur, j'aime beaucoup Adèle, En toute occasion j'ai mille égards pour elle.

MADAME DERVILLE

Des égards! en effet, quand tu sors le matin, On te voit fort exact à lui baiser la main. Quand tu rentres le soir, personne ne l'ignore, Tu viens exactement la lui baiser encore. Voilà de petits soins bien délicats, bien doux! Quoi qu'il en soit, je suis mécontente de vous,

Mon fils; il est un tort qu'aucune politesse

Ne peut faire oublier, vous la trompez sans cesse.

DERVILLE

Qui, moi ?

MADAME DERVILLE

J'en ai la preuve, et votre femme aussi.

DERVILLE

Quoi! près d'elle à ce point quelqu'un m'aurait noirci!

MADAME DERVILLE

Personne; mais écoute.

DERVILLE

Eh bien! parlez, madame.

MADAME DERVILLE

Un homme a beau cacher sa conduite, sa femme S'aperçoit aisément qu'il a d'autres amours;

Mystérieusement.

Tiens, sans qu'on le lui dise, elle le sait toujours. Et cela peut mener plus loin que l'on ne pense : Comme on l'a fort bien dit autrefois, la vengeance Est un plaisir de Dieux ou de femme; mon fils, De ta mère en passant accepte cet avis. Ton père se loua toujours de ma conduite; C'est un devoir sans doute, et non pas un mérite. Mais j'avais du plaisir à le remplir; pourquoi? C'est qu'il avait beaucoup de procédés pour moi; Mais beaucoup... 11 est temps de finir; je m'arrête, Car, tu n'écoutes pas, tu détournes la tète, Tu brûles de partir; sans doute je t'ai pris Des momens précieux?

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