‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 127 sur 197 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

SCÈPQE IV

MADAME DERV1LLE, DERVILLE

MADAME DERVILLE

Ali! je puis donc enfin te parler aujourd'hui!

DERVILLE, se retournant.

Que vois-je? c'est ma mère. Oh! les sermons! l'ennui! // lui baise la main.

MADAME DERVILLE

J'ai besoin d'exprimer ici ce que je pense, Adolphe, promets-moi d'écouter en silence.

DERVILLE, à part.

Qu'ai-je dit? je sentais la morale venir.

MADAME DERVILLE

D'Adèle, mon enfant, je viens t'entretenir : A son égard, je dois te le faire connaître, Ta conduite n'est pas ce qu'elle devrait être.

DERVILLE

Eh! quels sont donc mes torts, s'il vous plaît?

MADAME DERVILLE

Les voici :

Premièrement ta femme est toujours seule ici. Elle y mène une vie et monotone et triste; Quant à toi, tu parais oublier qu'elle existe. Pourquoi t'occupes-tu si peu d'elle? pourquoi

Ne la conduis-tu pas dans le monde avec toi? N'est-il pas naturel?...

C'est que vraiment, ma mère, Je n'en ai pas le temps.

MADAME DERVIL LE.

Mais tu n'as rien à faire.

Tu devrais, mon ami, la présenter partout; Tu devrais recevoir chez toi; mais pas du tout : Tu vas seul dans les bals, tu vas seul au spectacle.

DERVILLE

Mais qu'elle sorte aussi, je n'y mets point d'obstacle.

MADAME DERVILLE

Parles-tu là, mon fils, bien sérieusement?

Tu ne l'ignores pas plus que moi sûrement,

Pour qu'elle sorte, il faut que quelqu'un l'accompagne:

Et depuis quatre mois qu'elle est à la campagne,

A-t-elle pu sortir? c'est de même à Paris;

Tu fais précisément comme tant de maris.

Prends-y garde, ta femme est honnête, bien née,

Mais à ne voir personne est-elle condamnée?

Moi, je puis te le dire avec conviction,

La plus sage a besoin d'une distraction.

Tout mari, que le cœur ou la raison dirige,

Se charge de ce soin ; mais quand il le néglige,

J'ai toujours observé qu'elle ne tarde pas

A rencontrer quelqu'un... qui lui donne le bras,

Adèle a des attraits, un esprit agréable,

Elle pourrait trouver plus d'un jeune homme aimable,

Qui l'accompagnerait; mais, mon fils, songe bien

Que, dans ce siècle-ci, l'on ne fait rien pour rien...

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