ACTE III, SCÈNE IV 2Ïf
Fini votre visite ?
CHARLES
Elle... n'était pas... là.
ADÈLE
Mais vous n'avez pas eu le temps d'aller chez elle?
CHARLES
Si fait, je...
ADÈLE
Vous sortez !
CHARLES
Eh bien! tenez, Adèle...
Vous saurez que je viens avec l'intention De réclamer de vous une explication.
Tendrement.
Ma cousine, en quoi donc ai— je pu vous déplaire? Avec moi vous prenez un visage sévère, Vous ne me parlez plus, vous semblez m'éviter! Cette rigueur, comment l'ai— je pu mériter? Quoique j'aie envers vous de bien grands torts peut-être, J'ai beau m'examiner, je ne puis les connaître. Pourtant, j'en dois avoir, car vous me punissez! Mais par mon repentir ils seront effacés; Parlez, veuillez m'apprendre en quoi je suis coupable, Mais ne prolongez pas un tourment qui m'accable.
ADÈLE, à part.
Voilà l'instant fatal; un peu de fermeté.
Haut.
Vous l'exigez, je vais dire la vérité.
Eh bien! Monsieur, en vous voici ce qui me blesse : Faut-il vous l'avouer? Vous m'obsédez sans cesse,
Il fait un mouvement.
Oui, vous me fatiguez; depuis plus de deux mois, Du matin jusqu'au soir c'est vous seul que je vois. A toute heure, en tout lieu, que j'entre, que je sorte, C'est vous, c'est toujours vous qui me servez d'escorte; C'est qu'en dépit de moi, vous ne me quittez pas, Que vous êtes une ombre attachée à mes pas!... Tant d'importunité m'est pénible, me lasse; 11 est temps d'en finir; je vous demande grâce.
CHARLES
Qu'entends-je! Est-ce bien vous qui me parlez ainsi? Vous, ma cousine! Vous!...
ADÈLE
Je viens de dire ici Ce... que je pense.
A part.
Ah! Dieu!
CHARLES
Je doute si je veille!...
Quel langage nouveau vient frapper mon oreille!... Adèle, y pensez-vous. Eh! quoi! mon amitié Vous devient importune! Avez-vous oublié Que sous le même toit nous avons pris naissance? Les mêmes lieux ont vu les jeux de notre enfance. Adèle, songez-y; des souvenirs si doux, Éloquens pour moi seul, sont-ils muets pour vous? Mon cœur n'est pas changé, vous m'êtes toujours chère; Mais moi, ne suis-je plus votre ami, votre frère?