ACTE III, SCÈNE VII J
Pour un ami! l'idée est tout-à-fait nouvelle.-! Ainsi, vous l'enleviez pour cet ami fidèle ?
BELCOU R.
Vous avez pu penser?... Qui, moi!... vous vous trompiez.
MADAME DORVAL
Vous n'alliez pas...
BELCO U R.
J'allais me jeter à vos pieds; J'allais, accompagné de votre fille même, Intercéder pour elle et pour celui qu'elle aime.
MADAME DORVAL
J'admire avec quel art vous répondez à tout! Mais, Monsieur, dissipez mes doutes jusqu'au bout; Veuillez m'ôter encore une erreur. Cette lettre,
Elle lui présente sa lettre.
Qu'en de fidèles mains vous aviez cru remettre, Où votre âme n'est pas dévoilée à demi; Ce rendez-vous?...
BELCOU R.
C'était encor pour mon ami.
MADAME DORVAL
Ah! c'est trop, d'ajouter l'ironie à l'outrage!
BELCOU R.
Je ne veux point, Madame, insister davantage.
Triste et bizarre effet de la fatalité!
Le mensonge a tout l'air de la réalité;
Et j'ai, quoi que je dise, en cette circonstance,
l'our moi la vérité, contre moi l'évidence.
A vos yeux prévenus, j'ai beau me disculper,
Je puis répondre à tout, mais non vous détromper.
Pourtant, j'atteste ici le ciel qui nous éclaire,
Que jamais votre fille à mes yeux ne fut chère!
Pour être son époux je ne me sens pas fait.
Vous savez que mon cœur est plein d'un autre objet.
Près de vous, permettez que je vous le répète,
J'étais de mon ami le fidèle interprète;
C'est pour lui qu'à l'instant je venais vous prier...
MADAME DORVAL, iroil iqUCVlCIlt .
Prier pour votre ami, monsieur le chevalier, Voilà du dévoûment! Quelle âme noble et grande! Mais, en venant me faire une telle demande, Vous espériez sans doute essuyer un refus? Si je vous l'accordais, vous seriez bien confus!
belcour, jouant la surprise.
Ah! que vous m'inspirez une heureuse pensée! Grâce à vous, ma conduite est maintenant tracée. Les preuves me manquaient pour vous désabuser; Vous m'en offrez vous-même, et je vais en user. Mes discours, mes sermens n'ont pu toucher votre âme; Il faut des faits; eh bien! unissez-les, Madame : C'est le moven d'apprendre enfin la vérité.
MADAME DORVAL, fl part .
Dois-je croire qu'il parle avec sincérité.
Haut.
Écoutez-moi, Belcour! j'ai besoin de vous croire. Non, vous n'avez pu faire une action si noire. J'avais tort, je le vois, je ne puis en douter : Votre offre me rassure, et je dois l'accepter.