‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 48 sur 197 · CLAIRE, BABET · texte numérisé non relu

CLAIRE, BABET

CLAIRE

Mais, Babet, pourquoi donc vous plaindre ainsi, ma chère!

Ah! j'en ai grand besoin, mademoiselle Claire. Laissez-moi vous conter tous mes ennuis secrets; Que je parle! voilà six mois que je me tais.

88 l'éducation ou les deux cousines

Allez, je suis bien triste, et j'ai sujet de l'être. Pensez-vous, quand on est attachée à son maître, Et qu'on le sert ainsi que je fais, dieu merci, Qu'on voie avec plaisir ce qui se passe ici?

CLAI RE.

Mais il s'y passe donc des choses que j'ignore?

BABET

Quoi! vous ne vo)ez pas, depuis six mois que Laure,

De son pensionnat, est de retour chez nous,

Que tout, dans la maison, est sens dessus dessous?

Ecoutez, avec vous, je puis être sincère;

Je ne reconnais plus la fille ni la mère.

J'avais pensé (c'était naturel en effet)

Que Laure, au magasin, allait se mettre au fait;

Ici, depuis huit jours, personne ne repose;

Mais la voit-on jamais faire la moindre chose?

Au lieu de nous aider à sortir d'embarras,

Elle est dans le salon, elle fait les beaux bras!

Ce serait demi-mal, s'il suffisait à Laure

De ne pas travailler; mais c'est bien pis encore!

Sa présence nous nuit, car, vous le voyez bien,

Depuis qu'elle est ici, sa mère ne fait rien.

11 semble qu'elle ait tout gagné, quand Laure brille;

Elle passe sa vie au piano de sa fille,

Retenant son haleine, afin d'écouter bien

Tous ces grands airs, auxquels elle ne comprend rien,

CLAI RE.

N'allez-vous pas encore attaquer sa tendresse?

BABET

Quant à moi, je n'y vois qu'une aveugle faiblesse. Ce travers, que partout on blâme avec raison,

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