ACTE I, SCENE I
Peut-être finira par nuire à la maison.
Nous vient-il dos marchands qu'on n'a pas vus encore,
Pour traiter d'une affaire? on leur parle de Lame;
On veut qu'ils soient témoins de ses brillants succès!
On les fait assister à sa leçon d'anglais!
Enfin, bon gré mal gré, madame les oblige
A voir tous les talents de sa fille; elle exige
Qu'ils admirent, avant d'entrer au magasin,
Sa nouvelle romance et son nouveau dessin.
CLAI RE.
Mon dieu, Babet, combien votre tête est montée ! Jamais je ne vous vis à ce point exaltée! Ma cousine vous aime, et ma tante a bon cœur; Pouvez-vous en parler avec ce ton d'aigreur ? Vous avez tort vraiment.
BABET
J'ai tort?... je vous admire!
Mais vous n'y pensez pas! quoi! j'aurais tort de dire Qu'il est affreux de voir dépenser en un mois, Plus que l'on ne faisait en un an autrefois? J'avais donc tort aussi de me mettre en colère, Quand on a remplacé, la semaine dernière, Deux anciens serviteurs, qui travaillaient beaucoup, Par quatre freluquets, qui ne font rien du tout? J'ai donc tort de trouver mauvais qu'on me préfère Une petite fille impertinente et fière, Qu'on avait fait venir pour tenir le comptoir, Et qui lit des romans du matin jusqu'au soir?
CLAIRE
Mais Florine, Babet, n'est pas une suivante;
90 l'éducation ou les deux cousines
Tour elle on paie ici pension à ma tante. On lui doit des égards, et...
BABET
Vous avez raison; Mais faut-il lui laisser gouverner la maison? Vous le savez (ici personne ne l'ignore), Elle a tourné la tête à cette pauvre Laure, Qui repousse Duval et dédaigne ses soins Pour ceux d'un mirliflor, qui l'aime beaucoup moins.
CLAIRE
Sous ce rapport, Babet, je blâme ma cousine; Mais elle reviendra, du moins je l'imagine. Pauvre monsieur Duval! il mérite si bien De rencontrer un cœur aimant comme le sien! Mais le voici, je crois.
SCÈC^E II
CLAIRE, DUVAL fils, BABET.
duval fils, avec humeur.
Toujours de la musique.
Des roulades, des vers; c'est une chose unique! On ne peut plus trouver un moment pour la voir, Le matin elle chante, et dessine le soir.
babet, à Claire.
Bon, voici du renfort.