‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 5 sur 197 · ACTE I, SCÈNE II I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II I

Voici Mademoiselle; oh! quel sombre visage!

Haut à Sophie.

Quoi! toujours du chagrin?

SOPHIE

Ah ! j'en ai bien sujet !

Je le vois trop, pour moi le bonheur n'est pas fait : Je déplais à ma mère. A peine étais-je née, Qu'au fond d'une province elle m'a confinée. Là, je suis parvenue à l'âge de quinze ans, Sans la voir, sans jouir de ses embrassemens. Reléguée au milieu de ces tristes campagnes, Que j'enviais le sort de mes jeunes compagnes! Leurs vœux étaient comblés, leur coeurs étaient contens, Lisette; elles voyaient tous les jours leurs parens. Chacune leur peignait librement sa tendresse, Que payaient un sourire, une douce caresse; Et moi j'étais souvent témoin de leur bonheur, Et j'allais à l'écart dévorer ma douleur!...

Mais ici, vous devez être plus satisfaite. Du moins vous habitez auprès d'elle.

SOPHIE

Ah! Lisette, Mon sort est plus affreux encore qu'autrefois. Jamais je ne lui parle, à peine je la vois! Si quelquefois je veux lui faire une caresse, Sa froide dignité vient glacer ma tendresse. Que je suis malheureuse!

L ISETTE.

Ah ! calmez vos chagrins.

Croyez qu'ils finiront dans peu.

SOPHIE

Tous les matins, Quand il fait petit jour, ma duègne sévère Dans son appartement me mène avec mystère. Tremblante, je m'approche; elle me tend la main; Je la baise; en voilà pour jusqu'au lendemain! Ah! Lisette, prends part à ma douleur amère : J'ai le cœur d'une fille, et je n'ai point de mère!

LISETTE

Pauvre jeune personne! elle méritait bien

D'avoir un sort plus doux, plus heureux que le sien.

SOPHIE

Je te dévoile ici tout mon cœur, et peut-être J'ai tort de me livrer ainsi sans te connaître. Mais je n'ai point d'amis, je suis dans le malheur, Et je sens le besoin d'épancher ma douleur.

Ah! vous pouvez compter sur moi, Mademoiselle. Croyez...

SOPHIE

Je te sais gré, Lisette, de ton zèle.

Mais je vois qu'à mes maux il faut me résigner; Tu peux les adoucir, et non les terminer. Cependant je conserve un rayon d'espérance. Ma mère ne peut pas me haïr, et je pense Que quelqu'un l'indispose en secret contre moi.

LISETTE

Et ce quelqu'un là, c'est...

SOPHIE, après avoir regarde autour d'elle. Ma gouvernante.

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