ACTE II, SCÈNE I I
claire, avec étonnement.
De l'ennui?
Toi, n'en as-tu jamais?
CLAIRE
Jamais, ma bonne amie; Je ne suis pas sujette à cette maladie.
LAU RE
Hé ! comment fais-tu donc !
CLAIRE
Je travaille toujours; Et si j'ai, sur le soir, quelques moments bien courts Dont je puis disposer, j'ai grand besoin de rire, Et le moindre sujet me distrait et m'attire.
LAU RE
Combien elle est heureuse!
CLAIRE
Eh bien! fais comme moi.
Veux-tu, dès aujourd'hui, partager mon emploi? Soins, travaux, nous allons faire d'intelligence Ce qui, dans la maison, est de ma compétence. Que dis-tu de mon plan? Ne te convient-il pas? J'y vois deux agréments à la fois. Tu pourras Faire de ce séjour un séjour agréable, Et causer à ton père une surprise aimable. Hein! qu'en penses-tu?
L a u R E , dédaigneusement.
Moi, m'occuper de cela!
J'aime mieux mon ennui que tous ces plaisirs-là.
claire, stupéfaite.
C'est différent... Eh! bien n'en parlons plus, ma chère.
Avec tendresse.
Conviens que ta conduite est pourtant singulière. Te voilà de retour près de tes bons parents; Objet de mille égards, de mille soins touchants, De gens qui t'aiment bien tu te vois entourée; Tu le crois, n'est-ce pas?
Elle lui fait une caresse.
L a U RE, la lui rendant.
Oui, j'en suis assurée.
Ah! je vous aime tous aussi de tout mon cœur.
claire, vivement.
Que te manque-t-il donc pour goûter le bonheur?
L au RE, d'un air triste.
Parmi vous je vois bien que je devrais me plaire; Malgré moi, cependant, j'éprouve le contraire. J'ai beau faire... j'ai beau vouloir prendre sur moi, Je sens un vide affreux!
CLAI RE.
Mais tu m'as dit, je croi, Qu'avec tous ces talents dont je te vois ornée, On charme ses loisirs, on remplit sa journée; Cela n'est donc pas vrai, ma cousine?
A présent, Je sens que ce moyen est fort insuffisant...
CLAIRE
Mais moi, qui ne suis pas grande musicienne,