LE FILS DU PAPE
Air : Lison dormait daus la prairie.
Ma mère, quittez la besace, Le pape avec vous a couché; Je cours îui rappeler en face Qu'il fiit un moine débauché.
Quoique soldat, il va, j'espère, Me créer cardinal-neveu.
Ah! ventrebleu!
Ah ! sacrebleu !
Saint-Père, au moins soyez bon père;
Ah! ventrebleu!
Ah! sacrebleu!
Ou je f... le saint-siége au feu.
Au sacré coUé(;e je frappe;
T. III
Vient un cou tors : Allons, cagot, Par mon sabre! va dire au pape Que je suis le fils de Margot.
Dis que Margot fut sa commère; Que moi d'être saint j ai fait vœu.'
Ah! ventrebleu!
Ah! sacrebleu!
Saint-Père, au moins soyez bon père;
Ah! ventrebleu!
Ah ! sacrebleu !
Ou je f... le saint-siége au feu.
J'entre en faisant trois révérences; Sa Sainteté bâillait d'ennui.
Mon fils, veux-tu des indulgences? Non, dis-je, on s'en passe aujourd'hui.
J'ai, si j'en crois Margot ma mère, Vos goûts, votre nez , votre œil bleu.
Ah! ventrebleu!
Ah ! sacrebleu !
Saint-Père, au moins soyez bon père;
Ah! ventrebleu!
Ah! sacreblcu!
Ou je f... le sahit-siége au feu.
Quand mes trois sœurs, vos pauvres filles,
Le soir, pour avoir un jupon ,
Vendent le plaisir en guenilles.
Au diable votre ame en répond.
Le diable vous sert de compère;
Ayez donc l'air d'y croire un peu.
Ah! ventrebleu!
Ah! sacrebleu!
Saint-Père, au moins soyez bon père;
Ah ! ventrebleu !
Ah ! sacrebleu !
Ou je f... le saint-siège au feu.
Il me répond : Dieu nous afflige; Nous sommes pauvres, mou cher fils.
Mais du purgatoire, lui dis-je, Où passent donc tous les profits?
8i CHANSONS DE DÉRANGER.
Donnez-moi les os de saint Pierre, Que je les vende à quelque Hébreu.
Ah! ventrebleu!
Ah\ sacrebleu!
Saint-Père, au moins soyez bon père;r'
Ah ! ventrebleu !
Ah ! sacrebleu ! jm > ^
Ou je f... le saint-siége au feu.
^ Mon fils, que le diable t'emporte ! Prends ces mille écus, et va-t'en.
C'est bien peu, dis-je; mais qu'importe! Dans huit jours j'en viens prendre autant. Tant de sots font encor sur terre BouiUir votre vieux pot-au-feu!
Ah! ventrebleu!
iVh ! sacrebleu !
Saint-Père, au moins soyez bon père;
Ah ! ventrebleu !
Ah! sacrebleu!
Ou je f... le saint-siége au feu.
-hf-
Adieu. Margot fera ripaille ; Mes sœurs seront morceaux de roi.
Quoique j'abhorre la prêtraille, D'un chapeau rouge affublez-moi.
De me transmettre votre chaire , Bon homme, occupez-vous un peu.
Ah ! ventrebleu !
Ah ! sacrebleu !
Saint-Père, au moins soyez bon pèrcj
Ah ! ventrebleu !
Ah! sacrebleu!
Ou je f... le saint-siége au feu.
MOIV ENTERREMEIVÎT.
Air : Quand on ne dort pas de la nuit (de Lisbclh).
Ce matin, je ne sais comment,
Je vois d'Amours ma chambre pleine ; '<■
J'étais couché, sans mouvement.
Il est mort, disaient-ils gaîment .
De Tinhumer prenons la peine.
Lors je maudis entre mes draps
Ces dieux que j'aimais tant à suivre.
Am'iS, si j'en crois ces ingrats,
Plaignez-moi ( his) ; j ai cessé de vivrC. ( his. )
De mon vin ils prennent leur part ; Ils caressent ma chambrière :
L'un veut guider le corbillard, Et l'autre d'un Ion nasillard
Ds: s.ïc^nmïsiaisi'^isrîf'o
Perroàri . Edùeur .
CHANSONS DE BÉRANGEH. 87
Me psalmodie une prière.
Le plus grave ordonne à l'instant
Vingt galoubets pour mon escorte ;
Mais déjà la voiture attend.
Plaignez-moi (bis), voilà qu'on m'emporte.
Causant, riant, faisant des leurs, Les Amours suivent sur deux lignes :
Le drap , où l'argent brille en pleurs. Porte un verre, un luth et des fleurs, De mes ordres joyeux insignes.
Maint passant, qui met chapeau bas.
Se dit : Triste ou gai, tout succombe ! Les Amours font hâter le pas.
Plaignez-moi (bis), j'arrive à ma tombe
Mon cortège, au lieu de prier.
Chante là mes vers les plus lestes.
Grâce au ciseau du marbrier, Une couronne de laurier Va d'orgueil enivrer mes restes.
88 CHANSONS DE BÉRANGEK.
Tout redit ma gloire en ce lieu ,
Qui bientôt sera solitaire.
Amis, j allais me croire un dieu : '
Plaignez-moi {bis)^ xoilk cju'on m'enterre.
Mais d'aventure, en ce moment,
Par-là passait mon infidèle.
Lise m arrache au monument;
Puis encor , je ne sais comment ,
Je me sens renaître auprès d'elle.
De la vie et de ses douceurs -
Vous qu'à médire l'âge excite;
Vous du monde éternels censeui's ,
Plaignez-moi {bis); car je ressuscite, (bis.)
sy