‹ ŒuvresChapitre 31 sur 107 · LE CHAPEAU DE LA MARIEE · texte numérisé non relu

LE CHAPEAU DE LA MARIEE

Ain :

Demain engagez votre foi; A l'église allez sans scrupule.

Fille trompeuse, oubliez-moi Pour un époux riche et crédule.

Des roses qui naissaient pour lui La dîme à tort me fut payée ; Mais en retour j'offre aujourd'hui Le chapeau de la mariée.

Acceptez ces fleurs d'oranger; Qu'à votre voile on les attache.

Sous le joug fier de se ranger, Que l'époux dise : Elle est sans tache. Tj'Amour se plaint, mais c'est tout bas;

134 CHANSONS DE BÉRANGEH.

Mais par vous la Vierfje est priée.

• Allez, on n arrachera pas Le chapeau de la mariée.

Quand vos soeurs se partageront

Ces fleurs qu on dit d'heureux auguic,

Les garçons vous déroberont

Une plus secrète parure.

La jarretière, pensez-y! 't/

Chez moi vous l'avez oubliée.

Me faudra-t-il la joindre aussi ,, ,

Au chapeau de la mariée?

La nuit vient j vous poussez deux cris ,. ïmités de ce cri si tendre . . . < / , ' Qu'un jour au cœur le plus épris Votre innocence a fait entendre.

Le lendemain l'époux cent fois Raconte à la noce égayée Que l'Hymen s'est piqué les doigts ' Au chapeau de la mariée.

CHANSONS DE BÉKANGER. 135

Le voilà tiompé ce mari !

Ah ! qu il le soit bien plus encore.

Dieu ! quel fol espoir m'a souri Quand pour lui l'autel se décore !

Malgré le prêtre et ton serment, Oui, par tes pleurs justifiée, Tu viendras payer à l'amant Le chapeau de la mariée.

(i(B(j(l(l)(i(l(i(i(i(l(|(|)^fcC)i)C>C'C'i^Cii)i)f)i) ©C

(icicicidd) (i)(i(i(i(i(i(i^^E]^i)C>©€)©€) €)€)€)€)€) ©©%

LA METEMPSYCOSE.

AïK du vaudeville de la Robe et les Bottes.

lit

Grand partisan de la métempsycose, En philosophe, hier, sur Foreiller, De mes penchants pour connaître la cause, J'ai mis mon ame en train de babiller. Elle m'a dit : Tu me dois un beau cierge, Car sans mon souffle au néant tu restais; Mais jusqu'à toi je n'arrivai point vierge. — Ah! mon ame, je m'en doutais, Je m'en doutais, je m'en doutais.

bis.

Je m'en souviens, oui, dit-elle, humble lierre,

J'ai couronné jadis des fronts joyeux;

Puis, échauffant plus subtile matière ,

Petit oiseau, je saluai les cieux.

Dans le bocage, auprès des pastourelles,

Je voltigeais, je sautais, je chantais; L'indépendance agrandissait mes ailes,

— Ah! mon ame, je m'en doutais, Je m'en doutais, je m'en doutais.

Je fus Médor, des chiens le plus habile. Qui , d'un aveugle unique et sûr appwi , Entre ses dents sut prendre une sébile. Guider son maître et mendier pour lui.

Utile au pauvre, au riche sachant plaire. Pour nourrir l'un, chez l'autre je quêtais. J'ai fait du bien, puisque j'en ai fait faire.

— Ah! mon ame, je m'en doutais.

Je m'en doutais, je m'en doutais.

Puis j'animai la beauté d'une fille.

Que j'étais bien dans ma douce prison ! Mais de mon gîte on s'empare, on le pille; Tous les Amours y mettent garnison.

En vrais soudards ils y faisaient esclandre ; Et jour et nuit, du coin que j'habitais,

I3S CHANSONS DE BÉRANGEH.

A la maison je voyais le feu prendre.

— Ah! mon ame, je m'en doutais, Je m'en doutais, je m'en doutais.

Sur tes penchants, que mon réeit t éclaire; Mais, dit mon ame, apprends aussi de moi Qu'au ciel un jour ayant osé déplaire, Pour m'en punir, Dieu m'enferma chez toi. Veilles, travaux, artifices de femme.

Pleurs, désespoir, et des maux que je tais, Font qu'un poète est l'enfer pour une ame. )

— Ah ! mon ame, je m'en doutais, ' Je m'en doutais, je m'en doutais. ■ ^

Page 1