‹ ŒuvresChapitre 55 sur 107 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

Air: Jadis un célèbre empereur.

A l'hospice un gueux tout perclus Voit apparaître son bon ange; Gaîment il lui dit : Ne faut plus Que votre altesse se dérange.

Tout compté , je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Sur la paille , né dans un coin , Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche? Oui, dit l'ange ; aussi j'eus grand soin Que ta paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien:

lîon ange, adieu; portez-vous bien.

3L'AH©ai ®-Ai£®nîlWo

Jeune et vivant à l'abandon, L'aumône fut mon patrimoine.

Oui, dit lange, et je te fis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu, Je perdis une jambe en route.

Oui , dit l'ange ; mais avant peu Cette jambe auiait eu la goutte.

Tout compté, je ne vous dois rien ; Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé Mit le juge après mes guenilles.

Oui, dit lange; mais je plaidai :

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté , je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous bien.

t2(i CHANSONS DE BÉRANGER.

Chez Vénus j'entre en maraudeur; C'est tout fruit vert que j'en rapporte. Oui, dit l'ange; mais, par pudeur, Là je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous bien.

D'un laidron je deviens l'époux, Priant qu'il ne soit que volage.

Oui, dit l'ange; mais nul de nous Ne se mêle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Vieillard, affranchi de regrets.

Au terme heureux enfin atteins-je?

Oui, dit l'ange, et je tiens tout prêts De l'huile, un prêtre et du vieux linge. Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

CHAÎ^SOîNS DE BÉRANGF.R. 227

De Tenfer serai-je habitant, Ou droit au ciel veut-on que j aille?

Oui, dit l'ange; ou bien non, pourtant. Crois-moi, tire à la courte paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaîté tout l'hospice.

Il éternue, et, s'envolant, L'ange lui dit : Dieu te bénisse!

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

CHANSONS DE BÉRANGËR.

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