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LA MOUCHE

Aif\: Je loge au quatrième étage.

Au bruit de notre gaîté folle.

Au bruit des verres, des chansons, Quelle mouche murmure et vole, Et revient quand nous la chassons? (bis.) G est quelque dieu , je le soupçonne, Qu'un peu de bonheur rend jaloux.

Ne souffrons point qu'elle bourdonne, Qu'elle bourdonne autour de nous.

his

Transformée en mouche hideuse, Amis, oui, c'est, j'en suis certain , La Raison , déité grondeuse , Qu'irrite un si joyeux festin.

L orage approche, le ciel tonne;

CHANSONS DE DERANGER. 229

Voilà ce que dit sou courroux.

Ne souffrons point quelle bourdonne,

Qu'elle bourdonne autour de nous.

C'est la Raison qui vient me dire :

« A ton â^e on vit en reclus.

« Ne bois plus tant, cesse de rire, " Cesse d'aimer, ne chante plus. »

Ainsi son beffroi toujours sonne

Aux lueurs des feux les plus doux.

Ne souffrons point qu elle bourdonne,

Qu'elle bourdonne autour de uous.

C'est la Raison ; gare à Lisette !

Son dard la menace toujours.

Dieux! il perce la collerette :

Le sang coule ! accourez, Amours!

Amours, poursuivez la félonne ; Qu'elle expire enfin sous vos coups.

Ke souffrons point qu'elle bourdonne, Qu elle bourdonne autour de nous.

Victoire ! amis, elle se noie Dans l'Aï que îiise a versé.

Victoire ! et qu'aux mains de la Joie Le sceptre enfin soit replacé, (bis.) Un souffle ébranle sa couronne; TTne mouche nous troublait tous.

' Ne craignons plus qu'elle bourdonne.

Qu'elle bourdonne autour de nous.

bis.

© © ©^Ê/Ky^J'Èy'K)

LES

LUTINS DE MONTLHERI.

Air : Ce soir-là sous son ombrage.

A pied, la nuit, en voyage, Je m'étais mis à l'abri Contre le vent et l'orage, Dans la tour de Montlhéri.

Je chantais, lorsqu'un long rire D'épouvante m'a glacé;

Puis tout haut j'entends dire :

Notre régne est passé.

Des follets brillent dans l'ombre,

Et la voix que j'eutendais

Se mêle aux cris d'un grand nombre

De lutins, de farfadets.

Au bruit d'une aigre trompette

Le sabbat a commencé.

Plus haut la voix répète :

Notre régne est passé.

u Non , dit la voix , plus de fêtes ! « Esprits, vite délogeons.

K La Raison , par ses conquêtes, i: Nous bannit des vieux donjons.

« Le monde a changé d'oracles; « Nos prodiges ont cessé.

« L'homme fait les miracles;

« Notre régne est passe.

'< Nous donnâmes à la Grèce '< Ces dieux créés pour les sens, '< Dont l'éternelle jeunesse

" Vivait de fleurs et d'encens, u Dans la Gaule encor sauvage '1 Pour nous le sang fut versé.

«Hélas! même au village

« Notre règne est passé.

'< On nous vit, sous vos trophées, '< Paladins et troubadours, i< Enchaîner aux pieds des fées « [jCS rois, les saints, les Amours.

« La magie à notre empire « Soumit le ciel courroucé.

'< Des sorciers j'entends rire ;

i( Notre régne est passé.

" La Raison nous exorcise; ' Esprits, fuyons sans retour. »

La voix se tait... O surprise !

.l'ai cru voir crouler la tour.

De leur retraite chérie

Tous ont fui d'un vol pressé.

Au loin la voix s'écrie :

Notre régne est passé.

CHANSONS DE BÉUANGER. 235

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