LES RELIQUES
AïK : Donne/.-vous la peine d'attendre.
D\in saint de paioisse en crédit ,
Seul un soir je baisais la châsse.
Vient nn bon vieillard qui me dit :
Veux-tu qu'il parle? oh ! oui , de grâce.
Oui, dis-je ; et me voilà béant;
Voilà qu il fait des croix magiques ; 1 Voilà le saint sur son séant ,
Qui dit, d un ton de mécréant : , - Dévots, baisez donc mes reliques ; " lîaisez, baisez donc mes reliques. »
ILES ISIlILÏÏ®W]Si> ,
CHANSONS DE BERANGEH. 327
Il rit, ce squelette incivil,
11 rit à s'en tenir les côtes.
« Depuis huit siècles, poursuit-il , >' Je grille en enfer pour mes fautes; " Mais un prêtre au nez bourgeonné , " Pour mieux dimer sur ses pratiques, " Par un tour bien imaginé , « Fit un saint des os d'un damné.
«Dévots, baisez donc mes reliques; ' Baisez , baisez donc mes reliques.
" De mon temps, je fus bateleur,
u Ribaud , lilou , témoin à gage.
>' Puis, en grand m'étant fait voleur,
'< .]'eus d'un baron mœurs et langage.
« De leurs châsses, dans mes larcins,
>' J'ai dépouillé des basiliques.
« Au feu , j'ai jeté de bons saints.
.' Du ciel admirez les desseins.
' Dévots, baisez donc mes l'eliques;
'< Baisez, baisez donc mes reliques.
:y-2H CHANSOî^S DE BÉIIANGER.
" Baisez, sous ce dais de velours, ^ " La sainte qu'on priera dimanche.
" C'est une Juive, mes amours, " Dont Toeil fut noir et la peau blanche. *< Grâce à ses charmes léprouvés , ' Dix prélats sont morts hérétiques ; " Vingt moines sont morts énervés. '^ '? '< Trouvez mieux si vous le pouvez. > " • ' Dévots, baisez donc ses reliques; « Baisez, baisez donc ses reliques. •'
" Près d elle est un vieux crâne étroit ; « Baisez ce saint d'une autre espèce, f u Jadis de larron maladroit, « Il devint bourreau plein d'adresse.
«t Nos rois, pour se bien divertir, ' ' " L'occupaient aux fêtes publiques.
« Hélas! je lui dois, sans mentir, ' a L'honneur de passer pour martyr. ' ^ ^^ « Dévots, l^aisez donc ses reliques ; « Baisez , baisez donc ses reliques.
" Sous les noms de pieux patrons,
« Ainsi nos corps, mis en spectacle,
« Font pleuvoir l'argent dans les troncs ;
u C'est là notre plus grand miracle.
« Mais du diable j'entends le cor.
« Bonsoir, messieurs les catholiques. »
Il se recouche, et vole encor
Sur l'autel un crucifix d'or.
Dévots, baisez donc des reliques!
liaisez, baisez donc des reliques !