‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 11 sur 785 · GÉRONTE, JACQUELINE, LUCAS · texte numérisé non relu

GÉRONTE, JACQUELINE, LUCAS

Jacqueline. Par ma fi, monsieu, ceti-ci fera justement ce qu’ant fait les autres. Je pense que ce sera queussi queumi; et la meilleure métleçaine que l’an pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon mari pour qui aile eût de l’amiquié.

géronte. Ouais! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses.

lucas. Taisez-vous, notre minagère Jacquelaine : ce n’est pas à vous à bouter là votre nez.

Jacqueline. Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n’y feront, rian que de l’iau claire; que votre fille a besoin d’autre chose que de rhibarbe et de séné, et qu’un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.

céronte. Est-elle en état maintenant qu’on s’en voulût charger avec l’infirmité qu’elle a? Et, lorsque j’ai été dans le dessein de la marier, ne s’est-elle pas opposée à mes volontés?

Jacqueline. Je le crois bian; vous li vouliez bailler eun homme qu’allé n’aime point. Que ne preniais-vous ce monsieu Liandre, qui li touchoit au cœur? Aile auroit été fort obéissante; et je m’en vas gager qu’il la prendrait, li, comme aile est, si vous la li vouillais donner.

céronte. Ce Léandre n’est pas ce qu’il lui faut; il n’a pas du bien comme l’autre.

Jacqueline. Il a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquié.

céronte. Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n’est rien tel que ce qu’on tient; et l’on court grand risque de s’abuser lorsque l’on compte sur le bien qu’un autre vous garde. La mort n’a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers; et l’on a le temps d’avoir les dents longues lorsqu’on attend, pour vivre, le trépas de quelqu’un.

Jacqueline. Enfin, j’ai toujours ouï-dire qu’en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours: Qu’a-t-il? et qu’a-t-elle? Et le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu’il avoit davantage que le jeune Robin, où aile avoit bouté son amiquié; et vlà que la pauvre creyature en est devenue jaune comme un coin et n’a point profité tout depuis ce temps-là. C’est un bel exemple pour vous, monsieu. On n’a que son plaisir en ce monde; et j’aimerais mieux bailler à ma fille eun bon mari qui li fût agriable que toutes les rentes de la Biausse.

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