‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 115 sur 785 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

D’une lille comme elle un homme comme lui:’

Et ne devez-vous pas songer aux bienséances Et de cette union prévoir les conséquences?

Sachez que d’une fille on risque la vertu Lorsque dans son hymen son goût est combattu;

Que le dessein d’v vivre en honnête personne Dépend des qualités du mari qu’on lui donne;

Et que ceux dont partout on montre au doigt le front Font leurs femmes souvent ce qu’on voit qu’elles sont. U est bien difficile enfin d’être fidèle A de certains maris faits d’un certain modèle;

Et qui donne à sa fille un homme quelle hait Est responsable au ciel des fautes qu’elle fait.

Songez «à quels périls votre dessein vous livre.

Je vous dis qu’il me faut apprendre d’elle à vivre! Vous n’en feriez que mieux de suivre mes leçons.

Ne nous amusons point, ma fille, à ces chansons;

Je sais ce qu’il vous faut, et je suis votre père.

J’avois donné pour vous ma parole à Valère :

Mais, outre qu’à jouer on dit qu’il est enclin,

Je le soupçonne encor d’être un peu libertin;

Je ne remarque point qu’il hante les églises. Voulez-vous qu'il y coure à vos heures précises, Comme ceux qui n’v vont que pour être aperçus?

Je ne demande pas votre avis là-dessus.

Enfin avec le ciel l’autre est le mieux du monde,

Et c’est une richesse à nulle autre seconde.

Cet hymen de tous biens comblera vos désirs,

Il sera tout confit en douceurs et plaisirs.

Ensemble vous vivrez, dans vos ardeurs fidèles, Comme deux vrais enfants, comme deux tourterelles: A nul fâcheux débat jamais vous n’en viendrez,

Et vous ferez de lui tout ce que vous voudrez.

Elle? Elle n’en fera qu’un sot, je vous assure.

Ouais! quels discours!

dorine. Je dis qu’il en a l’encolure,

Et que son ascendant, monsieur, l’emportera Sur toute la vertu que votre fille aura.

Cessez de m’interrompre et songez à vous taire,

Sans mettre votre nez où vous n’avez que faire.

Je n’en parle, monsieur, que pour votre intérêt.

C’est prendre trop de soin; taisez-vous, s’il vous plaît. Si l’on ne vous aimoit...

LE TARTUFE

orgon. Je ne veux pas qu’on m’aime, non in e. Et je veux vous aimer, monsieur, malgré vous-même. orgon. Ah!

dorine. Votre honneur m’est cher, et je ne puis souffrir Qu’aux brocards d’un chacun vous alliez vous offrir. orcon. Vous ne vous tairez point!

dorine. C’est une conscience Que de vous laisser faire une telle alliance. orgon. Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés... dorine. Ah! vous êtes dévot, et vous vous emportez!

orgon. Oui, ma bile s’échauffe à toutes ces fadaises.

Et tout résolument je veux que tu te taises. dorine. Soit. Mais, ne disant mot, je n’en pense pas moins.

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