‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 114 sur 785 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ORGON, MARI ANE, DORINE, entrant doucement et se tenant derrière Orgon sans être vue.

orgon. C’est parler sagement. Dites-moi donc, ma fille,

Qu’en toute sa personne un haut mérite brille,

Qu’il touche votre cœur, et qu’il vous seroit doux De le voir, par mon choix, devenir votre époux.

Eh?

MARI ANK. Eli?

orgon. Qu’est-ce?

M ARIANE. Plaît-il?

orgon. Quoi ?

mari ane. Më suis-je méprise?

orgon. Comment?

mari ane. Qui voulez-vous, mon père, que je dise Qui me touche le cœur, et qu’il me seroit doux De voir, par votre choix, devenir mon époux? orgon. Tartufe.

m ariane. 11 n’en est rien, mon père, je vous jure.

Pourquoi me faire dire une telle imposture? orgon. Mais je veux que cela soit une vérité;

Et c’est assez pour vous que je l’aie arrêté. mari ane. Quoi! vous voulez, mon père?...

orgon. Oui , je prétends, ma fille , Unir par votre hymen Tartufe à ma famille.

Il sera votre époux, j’ai résolu cela;

(i apercevant Dorine.)

Et comme sur vos vœux je... Que faites-vous là?

La curiosité qui vous presse est bien forte,

Mamie , à nous venir écouter de la sorte. dorine. Vraiment, je ne sais pas si c’est un bruit qui part De quelque conjecture ou d’un coup de hasard;

Mais de ce mariage on m’a dit la nouvelle,

Et j’ai traité cela de pure bagatelle.

orgon. Quoi donc! la chose est-elle incroyable?

dorine. A tel point

Que vous-même, monsieur, je ne vous en crois point. orgon. Je sais bien le moyen de vous le faire croire. dorine. Oui! oui! vous nous contez une plaisante histoire!

LE TARTUFE

orgon. Je conte justement ce qu’on verra dans peu. dorine. Chansons!

orgon. Ce que je dis, ma fdle, n’est point jeu. dorink. Allez, ne croyez point à monsieur votre père;

Il raille.

orgon. Je vous dis...

dorine. Non, vous avez beau faire,

On ne vous croira point.

orgon. A la fin mon courroux...

dorink. Eh bien! on vous croit donc; et c’est tant pis pour vous. Quoi! se peut-il, monsieur, qu’avec l’air d’homme sage, Et cette large barbe au milieu du visage,

Vous soyez assez fou pour vouloir?...

orgon. Ecoutez :

Vous avez pris céans certaines privautés Qui ne me plaisent point; je vous le dis, mamie. dorink. Parlons Sans nous fâcher, monsieur, je vous supplie.

Vous moquez-vous des gens d’avoir fait ce complot? Votre fille n’est point l’affaire d’un bigot:

Il a d’autres emplois auxquels il faut qu’il pense.

Et puis, que vous apporte une telle alliance?

A quel sujet aller, avec tout votre bien,

Choisir un gendre gueux?...

orgon. Taisez-vous. S’il n’a rien , Sachez que c’est par là qu’il faut qu’on le révère.

Sa misère est sans doute une honnête misère;

Au-dessus des grandeurs elle doit l’élever,

Puisque enfin de son bien il s’est laissé priver Par son trop peu de soin des choses temporelles,

FA sa puissante attache aux choses éternelles.

Mais mon secours pourra lui donner les moyens De sortir d’embarras et rentrer dans ses biens :

Ce sont fiefs qu’à bon titre au pays on renomme;

Et, tel que l’on le voit, il est bien gentilhomme. dorine. Oui, c’est lui qui le dit; et cette vanité,

Monsieur, ne sied pas bien avec la piété.

Qui d’une sainte vie embrasse l’innocence Ne doit point tant prôner son nom et sa naissance;

Et l’humble procédé de la dévotion Souffre mal les éclats de cette ambition.

A quoi bon cet orgueil?... Mais ce discours vous blesse: Parlons de sa personne et laissons sa noblesse. Ferez-vous possesseur, sans quelque peu d’ennui,

ORGON

DORINF.

flRGON,

DORINF.

ORGON

DORINF..

ORGON

ORGON

DORINF.

ORGON

DORINF.

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