‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 151 sur 785 · MADAME PERNELLE, ORGON, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, DAMIS, DORINE · texte numérisé non relu

MADAME PERNELLE, ORGON, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, DAMIS, DORINE

MADAME PERNELLE

Qu’est-ce? J’apprends ici de terribles mystères! orgon. Ce sont des nouveautés dont mes yeux sont témoins,

Et vous voyez le prix dont sont payés mes soins.

Je recueille avec zèle un homme en sa misère,

Je le loge et le tiens comme mon propre frère;

De bienfaits chaque jour il est par moi chargé;

Je lui donne ma fille et tout le bien que j’ai :

Et, dans le même temps, le perfide, l’infâme,

Tente le noir dessein de suborner ma femme;

Et, non content encor de ces lâches essais,

Il m’ose menacer de mes propres bienfaits,

Et veut à ma ruine user des avantages

Dont le viennent d’armer mes bontés trop peu sages,

Me chasser de mes biens où je l’ai transféré ,

Et me réduire au point d’où je l’ai retiré! dorine. Le pauvre homme!

madame pernelle. Mon fils, je ne puis du tout croire Qu’il ait voulu commettre une action si noire. orgon. Comment?

il’

LE TARTUFE

madame pernelle. Les gens de bien sont enviés toujours. orgon. Que voulez-vous donc dire avec votre discours,

Ma mère?

madame pernelle. Que chez vous on vit d’étrange sorte,

Et qu’on ne sait que trop la haine qu’on lui porte. orgon. Qu’a cette haine à faire avec ce qu’on vous dit?

MADAME PERNELLE

Je vous l’ai dit cent fois quand vous étiez petit:

La vertu dans le monde est toujours poursuivie; Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. orgon. Mais que fait ce discours aux choses d’aujourd’hui?

MADAME PERNELLE

On vous aura lorgé cent sots contes de lui. orgon. Je vous ai dit déjà que j’ai vu tout moi-mème.

MADAME PERNELLE

Des esprits médisants la malice est extrême. orgon. Vous me feriez damner, ma mère. Je vous di Que j’ai vu de mes yeux un crime si hardi.

MADAME PERNELLE

Les langues ont toujours du venin à répandre Et rien n’est ici-bas qui s’en puisse défendre. orgon. C’est tenir un propos de sens bien dépourvu.

Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,

Ce qu’on appelle vu. Faut-il vous le rebattre Aux oreilles cent fois et crier comme quatre?

MADAME PEr.NELLE.

Mon dieu! le plus souvent l’apparence déçoit:

Il ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit. orgon. J’enrage!

madame PERNELLE. Aux faux soupçons la nature est sujette,

Et c’est souvent à mal que le bien s’interprète. orgon. Je dois interpréter à charitable soin Le désir d’embrasser ma femme!

madame PERNELLE. U est besoin Pour accuser les gens d’avoir de justes causes;

Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses. orgon. Eh! diantre! le moyen de m’en assurer mieux?

Je devois donc, ma mère, attendre qu’à mes yeux Il eût... Vous me feriez dire quelque sottise,

MADAME PERNELI.E.

Entin d’un trop pur zèle on voit son aine éprise,

Et je ne puis du tout me mettre dans l’esprit Qu’il ait voulu tenter les choses que Ton dit.

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