‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 162 sur 785 · ÉPURE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

ÉPURE DÉDICATOIRE

pour toutes ces sortes d’ouvrages et qu’on ne soit persuadé des lumières de votre esprit autant que de l’intrépidité de votre cœur et de la grandeur de votre arne. On sait, par toute la terre, que l’éclat de votre mérite n’est point renfermé dans les bornes de cette valeur indomptable qui se fait des adorateurs chez ceux meme qu’elle surmonte; qu’il s’étend, ce mérite, jusqu’aux connoissances les plus fines et les plus relevées, et que les décisions de votre jugement sur tous les ouvrages d’esprit ne manquent point d’élre suivies par le sentiment des plus délicats. Mais on sait aussi, Monseigneur, que toutes ces glorieuses approbations dont nous nous vantons au public ne nous coûtent rien à faire imprimer, et que ce sont des choses dont nous disposons comme nous voulons. On sait, dis-je, qu’une épitre dédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît, et qu’un auteur est en pouvoir d’aller saisir les personnes les plus augustes et de parer de leurs

grands noms les premiers feuillets de son livre ; qu’il a la liberté de s’y donner, autant qu’il veut, l’honneur de leur estime, et se faire des protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.

Je n’abuserai, Monseigneur, ni de votre nom, ni de vos bontés, pour combattre les censeurs de \' Amphitryon et m’attribuer une gloire que je n’ai pas peut-être méritée ; et je ne prends la liberté de vous offrir ma comédie que pour avoir lieu de vous dire que je regarde incessamment, avec une profonde vénération, les grandes qualités que vous joignez au sang auguste dont vous tenez le jour, et que je suis , Monseigneur, avec tout le respect possible et tout le zèle imaginable,

De Votre Altesse Séhénissime ,

Le très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

J. -B. P. Molière.

PERSONNAGES

Page 1