‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 171 sur 785 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

sosie. Non. Mais, au nom des dieux, donne-moi la licence De parler un moment à toi.

mercure. Parle.

sosie. Mais promets-moi, de grâce,

Que les coups n’en seront point.

Signons une trêve.

mercure. Passe :

Va, je t’accorde ce point.

sosie. Qui te jette, dis-moi, dans cette fantaisie?

Que te reviendra-t-il de m’enlever mon nom ?

Et peux-tu faire enfin, quand tu serois démon ,

Que je ne sois pas moi, que je ne sois Sosie? mercure, levant le bâton sur Sosie.

Comment! tu peux?...

sosie. Ah! tout doux:

Nous avons fait trêve aux coups.

mercure. Quoi! pendard, imposteur, coquin!...

sosie. Pour des injures, Dis-m’en tant que tu voudras;

Ce sont légères blessures ,

Et je ne m’en fâche pas.

mercure. Tu te dis Sosie?

sosie. Oui. Quelque conte frivole...

mercure. Sus, je romps notre trêve et reprends ma parole. sosie. N’importe. Je ne puis m’anéantir pour toi,

Et souffrir un discours si loin de l’apparence.

Etre ce que je suis est-il en ta puissance?

Et puis-je cesser d’être moi?

S’avisa-t-on jamais d’une chose pareille?

Et peut-on démentir cent indices pressants?

Rêvé-je? Est-ce que je sommeille?

Ai-je 1 esprit troublé par des transports puissants?

Ne sens-je pas bien que je veille?

Ne suis-je pas dans mon bon sens?

Mon maître Amphitryon ne nTa-t-il pas commis A venir en ces lieux vers Alcmène sa femme?

Ne lui dois-je pas faire, en lui vantant sa flamme,

Un récit de ses faits contre nos ennemis?

Ne suis-je pas du port arrivé tout à l’heure?

Ne tiens-je pas une lanterne en main?

Ne te trouvé-je pas devant notre demeure?

Ne t’y parlé-je pas d’un esprit tout humain?

Ne te tiens- tu pas fort de ma poltronnerie

9* AMPHITRYON

Pour m’empêcher d’entrer chez nous?

N’as-tu pas sur mon dos exercé la furie?

Ne m’as-tu pas roué de coups?

Ah! tout cela n’est que trop véritable;

Et, plût au ciel, le fût-il moins!

Cesse donc d’insulter au sort d’un misérable,

Et laisse à mon devoir s’acquitter de ses soins. mercure. Arrête, ou sur ton dos le moindre pas attire Un assommant éclat de mon juste courroux.

Tout ce que tu viens de dire Est à moi, hormis les coups.

sosie. Ce matin du vaisseau, plein de frayeur en Paine, Cette lanterne sait comme je suis parti. Amphitryon, du camp, vers Alcmène sa femme M’a-t-il pas envoyé?

mercure. Vous en avez menti.

C’est moi qu’ Amphitryon députe vers Alcmène,

Et qui du port persique arrive de ce pas;

Moi, qui viens annoncer la valeur de son bras Qui nous fait remporter une victoire pleine,

Et de nos ennemis a mis le chef à bas.

C’est moi qui suis Sosie enfin, de certitude,

Fils de Dave, honnête berger;

Frère d’Arpage mort en pays étranger;

Mari de Cléanthis la prude Dont l’humeur me fait enrager;

Qui dans Thèbe ai reçu mille coups d’étrivière, Sans en avoir jamais dit rien;

Et jadis en public fut marqué par derrière Pour être trop homme de bien.

sosie, bas, à part.

Il a raison. A moins d’être Sosie ,

On ne peut pas savoir tout ce qu’il dit;

Et, dans l’étonnement dont mon aine est saisie,

Je commence à mon tour à le croire un petit.

En effet, maintenant que je le considère,

Je vois qu’il a de moi, taille, mine, action. Faisons-lui quelque question,

Afin d’éclaircir ce mystère.

[haut.) Parmi tout le butin fait sur nos ennemis,

Qu’est-ce qu’Amphitryon obtient pour son partage? mercure. Cinq fort gros diamants en nœud proprement mis, Dont leur chef se paroit comme, d’un rare ouvrage.

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