‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 172 sur 785 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

sosie. A qui destine-t-il un si riche présent? mercure. A sa femme; et sur elle il le veut voir paroître.

sosie. Mais où, pour l’apporter, est-il mis à présent? mercure. Dans un coffret scellé des armes de mon maître. sosie, à part. Il ne ment pas d’un mot à chaque répartie;

Et de moi je commence à douter tout de bon.

Près de moi par la force il est déjà Sosie;

II pourroit bien encor l’être par la raison.

Pourtant, quand je me tâte et que je me rappelle,

Il me semble que je suis moi.

Où puis-je rencontrer quelque clarté fidèle Pour démêler ce que je voi?

Ce que j’ai fait tout seul et que n’a vu personne,

A moins d’être moi-même on ne le peut savoir.

Par cette question il faut que je l’étonne;

C’est de quoi le confondre , et nous allons le voir.

(/unit.) Lorsqu’on étoit aux mains, que lis-tu dans nos tentes,

Où tu courus seul te fourrer?

mercure. D’un jambon...

sosie, bas, à part. L’y voilà!

mercure. Que j’allai déterrer,

Je coupai bravement deux tranches succulentes,

Dont je sus fort bien me bourrer;

Enjoignant à cela d’un vin que l’on ménage,

Et dont, avant le goût, les yeux se contentoient,

Je pris un peu de courage Pour nos gens qui se battoient.

sosie, bas, h part. Cette preuve sans pareille En sa faveur conclut bien;

Et l’on n’y peut dire rien ,

S’il n’étoit dans la bouteille.

(haut.) Je ne saurois nier, aux preuves qu’on m’expose,

Que tu ne sois Sosie, et j’y donne ma voix.

Mais si tu l’es, dis-moi qui tu veux que je sois?

Car encor faut-il bien que je sois quelque chose. mercure. Quand je ne serai plus Sosie,

Sois-le , j’en demeure d’accord :

Mais, tant que je le suis, je te garantis mort Si tu prends cette fantaisie.

sosie. Tout cet embarras met mon esprit sur les dents,

Et la raison à ce qu’on voit s’oppose.

Mais il faut terminer enfin par quelque chose;

Et le plus court pour moi c’est d’entrer là-dedans.

AMPHITRYON

mercure. Ah! tu prends donc, pendard, goût à la bastonnade? sosie, battu par Mercure.

Ali! qu’est ceci? grands dieux! il frappe un ton plus fort, Et mon dos pour un mois en doit être malade.

Laissons ce diable d’homme et retournons au port.

0 juste ciel! j’ai fait une belle ambassade! mercure, seul. Enfin je l’ai fait fuir; et, sous ce traitement,

De beaucoup d’actions il a reçu la peine.

Mais je vois Jupiter, que fort civilement Reconduit l’amoureuse Alcmène.

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