‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 174 sur 785 · ACTE 1, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III

De combien de frayeurs a-t-on l’amc blessée Au moindre choc dont on entend parler!

Voit-on, dans les horreurs d’une telle pensée,

Par où jamais se consoler Du coup dont on est menacée?

Et de quelque laurier qu’on couronne un vainqueur, Quelque part que l’on ait à cet honneur suprême, Vaut-il ce qu’il en coûte aux tendresses d’un cœur Qui peut à tout moment trembler pour ce qu’il aime? jupitkr. Je ne vois rien en vous dont mon feu ne s’augmente; Tout y marque à mes yeux un cœur bien enflammé; Et c’est, je vous l’avoue, une chose charmante De trouver tant d’amour dans un objet aimé.

Mais si je l’ose dire, un scrupule me gêne Aux tendres sentiments que vous me faites voir;

Et pour les bien goûter mon amour, chère Alcmène, Voudroit n’y voir entrer rien de votre devoir;

Qu’à votre seule ardeur, qu’à ma seule personne ,

Je dusse les faveurs que je reçois de vous;

Et que la qualité que j’ai de votre époux Ne fût point ce qui me les donne.

Ar.cMÈNF.. C’est de ce nom pourtant que l’ardeur qui me brûle Tient le droit de paroître au jour;

Et je ne comprends rien à ce nouveau scrupule Dont s’embarrasse votre amour.

Jupiter. Ah! ce que j’ai pour vous d’ardeur et de tendresse Passe aussi celle d’un époux;

Et vous ne savez pas, dans des moments si doux, Quelle en est la délicatesse.

Vous ne concevez point qu’un cœur bien amoureux Sur cent petits égards s’attache avec étude,

Et se fait une inquiétude De la manière d’ètre heureux.

En moi, belle et charmante Alcmène,

Vous voyez un mari, vous voyez un amant;

Mais l’amant seul me touche, à parler franchement,

Et je sens près de vous que le mari le gène.

Cet amant, de vos vœux jaloux au dernier point, Souhaite qu’à lui seul votre cœur s’abandonne;

Et sa passion ne veut point De ce que le mari lui donne.

Il veut de pure source obtenir vos ardeurs,

Et ne veut rien tenir des nœuds de l’hyménée,

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Rien d’un fâcheux devoir qui fait, agir les cœurs,

Et par qui tous les jours des plus chères faveurs La douceur est empoisonnée.

Dans le scrupule enfin dont il est combattu,

Il veut, pour satisfaire à sa délicatesse,

Que vous le sépariez d’avec ce qui le blesse,

Que le mari ne soit que pour votre vertu,

Et que de votre cœur, de bonté revêtu,

L’amant ait tout l’amour et toute la tendresse.

AI.CMÈNE. Amphitryon, en vérité,

Vous vous moquez de tenir ce langage;

Et j’aurois peur qu’on ne vous crût pas sage Si de quelqu’un vous étiez écoute.

mriTF.R. Ce discours est plus raisonnable,

Alcmène, que vous ne pensez.

Mais un plus long séjour me rendroit trop coupable,

Et du retour au port les moments sont pressés.

Adieu. De mon devoir l’étrange barbarie Pour un temps m’arrache de vous;

Mais, belle Alcmène, au moins, quand vous verrez l’époux. Songez à l’amant, je vous prie.

AiCMÈNE. Je ne sépare point ce qu’unissent les dieux;

Et l’époux et l’amant me sont fort précieux, t . ■ ■. ,, , j ;

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