MERCURE
jupiter. Défendez, chère Alcmène, aux flambeaux d’approcher.
Ils m’offrent des plaisirs en m’offrant votre vue;
Mais ils pourroient ici découvrir ma venue,
Qu’il est à propos de cacher.
Mon amour, que gènoient tous ces soins éclatants Où me tenoit lié la gloire de nos armes,
Aux devoirs de ma charge a volé les instants Qu’il vient de donner à vos charmes.
Ce vol, qu’à vos beautés mon cœur a consacré,
Pourroit être blâmé dans la bouche publique;
Et j’en veux pour témoin unique Celle qui peut m’en savoir gré.
alcmène. Je prends, Amphitryon, grande part à la gloire Que répandent sur vous vos illustres exploits;
Et l’éclat de votre victoire Sait toucher de mon cœur les sensibles endroits:
Mais quand je vois que cet honneur fatal Eloigne de moi ce que j’aime,
Je ne puis m’empécher, dans ma tendresse extrême,
De lui vouloir un peu de mal ,
Et d’opposer mes vœux à cet ordre suprême Qui des Thébains vous fait le général.
C’est une douce chose, après une victoire,
Que la gloire où l’on voit ce qu’on aime élevé;
Mais parmi les périls mêlés à cette gloire,
Un triste coup, hélas! est bientôt arrivé.