‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 186 sur 785 · ACTE 11, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE III

ci.kanthis. Qii’appelles-tu sur rien:1 dis.

sosie. J’appelle sur rien,

Ce qui sur rien s’appelle en vers ainsi qu’en prose;

Et rien, comme tu le sais bien,

Veut dire rien ou peu de chose. ci.kanthis. Je ne sais qui me tient, infâme,

Que je ne t’arrache les yeux,

Et ne t’apprenne où va le courroux d’une femme. sosie. Holà! D’où te vient donc ce transport furieux? ci.kanthis. Tu n’appelles donc rien le procédé, peut-être,

Qu’avec moi ton cœur a tenu?

sosie. Et quel?

ci.kanthis. Quoi! tu fais l’ingénu?

Est-ce qu’à l’exemple du maître,

Tu veux dire qu’ici tu n’es pas revenu ? sosie. Non, je sais fort bien le contraire;

Mais, je ne t’en fais pas le lin,

Nous avions bu de je ne sais quel vin Qui m’a fait oublier tout ce que j’ai pu faire. cléanthis. Tu crois peut-être excuser par ce trait...

sosie. Non, tout de bon, tu m’en peux croire.

J’étois dans un état où je puis avoir fait Des choses dont j’aurois regret,

Et dont je n’ai nulle mémoire.

cléanthis. Tu ne te souviens point du tout de la manière Dont tu m’as su traiter, étant venu du port? sosie. Non plus que rien. Tu peux m’en faire le rapport :

Je suis équitable et sincère,

Et me condamnerai moi-mème si j’ai tort. ci.kanthis. Comment! Amphitryon m’ayant su disposer,

Jusqu’à ce que tu vins j’avois poussé ma veille;

Mais je ne vis jamais une froideur pareille :

De ta femme il fallut moi-même t’aviser;

Et, lorsque je fus te baiser,

Tu détournas le nez et me donnas l’oreille sosie. Bon!

cléanthis. Comment, bon?

sosie. Mon dieu! tu ne sais pas pourquoi, Cléanthis, je tiens ce langage :

J’avois mangé de l’ail, et lis, en homme sage,

De détourner un peu mon haleine de toi. ci.kanthis. Je te sus exprimer des tendresses de cœur :

Mais a tous mes discours tu fus comme une souche;

214 AMPHITRYON

Et jamais un mot de douceur Ne te put sortir de la bouche.

sosie. Cou râpe!

cléanthis. Enfin, ma flamme eut beau s’émanciper,

Sa chaste’.ardeur en toi ne trouva rien que glace;

Et, dans un tel retour, je te vis la tromper Jusqu’à faire refus de prendre au lit la place Que les lois de l’hymen t’obligent d’occuper. sosie. Quoi! je ne couchai point?

cléanthis. Non, lâche.

sosie. Est-il possible!

cléanthis. Traître! il n’est que trop assuré.

C’est de tous les affronts l’affront le plus sensible;

Et, loin que ce matin ton cœur l’ait réparé,

Tu t’es d’avec moi séparé Par des discours chargés d’un mépris tout visible. sosie. Vivat 1 Sosie!

cléanthis. Eh quoi! ma plainte a cet effet!

Tu ris après ce bel ouvrage!

sosie. Que je suis de moi satisfait!

cléanthis. Exprime-t-on ainsi le regret d’un outrage?

sosie. Je n’aurois jamais cru que j’eusse été si sage. cléanthis. Loin de te condamner d’un si perfide trait,

Tu m’en fais éclater la joie en ton visage! sosie. Mon dieu! tout doucement! Si je parois joyeux ,

Crois que j’en ai dans Taine une raison très forte;

Et que, sans v penser, je ne fis jamais mieux Que d’en user tantôt avec toi de la sorte. cléanthis. Traître! te moques-tu de moi? sosie. Non, je te parle avec franchise.

En l’état où j’étois j’avois certain effroi Dont, avec ton discours, mon ante s’est remise.

Je m’appréhendois fort, et craignois qu’avec toi Je n’eusse fait quelque sottise.

cléanthis. Quelle est cette frayeur? et sachons donc pourquoi. sosie. Les médecins disent, quand on est ivre,

Que de sa femme on se doit abstenir;

Et que dans cet état il ne peut provenir Que des enfants pesants et qui ne sauroient vivre. Vois, si mon cœur n’eût su de froideur se munir. Quels inconvénients anroient pu s’en ensuivre! cléanthis. Je me moque des médecins

vVvec leurs raisonnements fades:

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