ACTE II, SCÈNE
Qu’ils règlent ceux qui sont malades,
Sans vouloir gouverner les gens qui sont bien sains.
Ils se mêlent de trop d’affaires De prétendre tenir nos chastes feux gênés;
Et sur les jours caniculaires Ils nous donnent encore, avec leurs lois sévères,
De cent sots contes par le nez.
sosie. Tout doux.
cléanthis. Non, je soutiens que cela conclut mal; Ces raisons sont raisons d’extravagantes tètes.
11 n’est ni vin ni temps qui puisse être fatal A remplir le devoir de l’amour conjugal;
Et les médecins sont des bêtes.
sosie. Contre eux, je t’en supplie, apaise ton courroux;
Ce sont d’honnêtes gens quoi que le monde en dise. cléanthis. Tu n’es pas où tu crois; en vain tu files doux :
Ton excuse n’est point une excuse de mise;
Et je me veux venger tôt ou tard, entre nous,
De l’air dont chaque jour je vois qu’on me méprise. Des discours de tantôt je garde tous les coups,
Et tâcherai d’user, lâche et perfide époux,
De cette liberté que ton cœur m’a permise. sosie. Quoi?
cléanthis. Tu m’as dis tantôt que tu consentais fort, Lâche, que j’en aimasse un autre.
sosie. Ah! pour cet article, j’ai tort.
Je m’en dédis, il y va trop du nôtre.
Garde-toi bien de suivre ce transport.
cléanthis. Si je puis une fois pourtant
Sur mon esprit gagner la chose...
sosie. Fais à ce discours quelque pause.
Amphitryon revient, qui me paraît content.