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ACTE 11, SCÈNE VI

alcmène. Non, ne suivez point mes pas.

h pitek. Où vouliez- vous aller?

alcmène. Où vous ne serez pas.

iupiter. Ce vous est une attente vaine.

Je tiens à vos beautés par un nœud trop serré Pour pouvoir un moment en être séparé.

Je vous suivrai partout, Alcmène.

alcmène. Et moi, partout je vous luirai. jupiter. Je suis donc bien épouvantable! alcmène. Plus qu’on ne peut dire, à mes yeux.

Oui, je vous vois comme un monstre effroyable,

Un monstre cruel, furieux,

Et dont l’approche est redoutable;

Comme un monstre à fuir en tous lieux.

Mon cœur souffre à vous voir une peine incroyable : C’est un supplice qui m’accable,

Et je ne vois rien sous les cieux,

D’affreux, d’horrible, d’odieux,

Qui ne me lut plus que vous supportable. jupiter. En voilà bien, hélas! que votre bouche dit. alcmène. J’en ai dans le cœur davantage,

Et, pour s’exprimer tout, ce cœur a du dépit De ne point trouver de langage.

jupiter. Eh ! que vous a donc fait ma flamme,

Pour me pouvoir, Alcmène, en monstre regarder? alcmène. Ah! juste ciel! cela peut-il se demander?

Et n’est-ce pas pour mettre à bout une ame? jupiter. Ah! d’un esprit plus adouci...

alcmène. Non, je ne veux du tout vous voir ni vous entendre. jupiter. Avez-vous bien le cœur de me traiter ainsi?

Est-ce là cet amour si tendre Qui devoit'tant durer quand je vins hier ici? alcmène. Non, non , ce ne l’est pas, et vos lâches injures En ont autrement ordonné.

Il n’est plus, cet amour tendre et passionné;

Vous l’avez dans mon cœur, par cent vives blessures, Cruellement assassiné;

C’est en sa place un courroux inflexible,

Un vif ressentiment, un dépit invincible,

Un désespoir d’un cœur justement animé,

Qui prétend vous haïr, pour cet affront sensible, Autant qu’il est d’accord de vous avoir aimé;

Et c’est haïr autant qu’il est possible.

amphitryon,

jupitkr. Hclas! que votre amour n’avoit guère de force,

Si de si peu de chose on le peut voir mourir!

Ce qui n’étoit que jeu doit-il l'aire un divorce?

Et d’ une raillerie a-t-on lieu de s’aigrir? alcmknk. Ah! c’est cela dont je suis offensée

Et que ne peut pardonner mon courroux :

Des véritables traits d’un mouvement jaloux Je me trouverois moins blessée.

La jalousie a des impressions

Dont bien souvent la force nous entraîne,

Et Taine la plus sage, en ces occasions,

Sans doute avec assez de peine Répond de ses émotions.

L’emportement d’un cœur qui peut s’ètre abusé A île quoi ramener une aine qu’il offense,

Et dans l’amour qui lui donne naissance Il trouve au moins, malgré toute sa violence,

Des raisons pour être excusé.

De semblables transports contre un ressentiment Pour défense toujours ont ce qui les fait naître,

Et Ton donne grâce aisément A ce dont on n’est pas le maître.

Mais que de gayeté de cœur On passe aux mouvements d’une fureur extrême;

Que sans cause Ton vienne, avec tant de rigueur, Blesser la tendresse et l’honneur D’un cœur qui chèrement nous aime;

Ah! c’est un coup trop cruel en lui-même,

Et que jamais n’oubliera ma douleur.

îupiTER. Oui, vous avez raison, Alcmène, il se faut rendre. Cette action, sans doute, est un crime odieux,

Je ne prétends plus le défendre;

Mais souffrez que mon cœur s’en défende à vos yeux , Et donne au vôtre à qui se prendre De ce transport injurieux.

A vous en faire un aveu véritable,

L’époux, Alcmène, a commis tout le mal;

C’est l’époux qu’il vous faut regarder en coupable: L’amant n’a point de part à ce transport brutal ,

Et de vous offenser son cœur n’est point capable.

Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser,

Trop de respect et de tendresse;

Et si de faire rien à vous pouvoir blesser

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