ACTE II, SCÈNE VI
Il avoit eu la coupable foiblesse,
De ceut coups à vos yeux il voudroit le percer.
Mais l’époux est sorti de ce respect soumis Où pour vous on doit toujours être;
A son dur procédé l’époux s’est fait connoître,
Et par le droit d’hymen il s’est cru tout permis.
Oui, c’est lui qui, sans doute, est criminel vers vous, Lui seul a maltraite votre aimable personne.
Haïssez, détestez l’époux,
J’y consens et vous l’abandonne;
Mais, Alcmène, sauvez l’amant de ce courroux Qu’une telle offense vous donne;
N’en jetez pas sur lui l’effet;
Démêlez-le un peu du coupable,
Et, pour être enfin équitable,
Ne le punissez point de ce qu’il n’a pas fait. ai.cmène. Ah! toutes ces subtilités
N’ont que des excuses frivoles,
Et pour les esprits irrités Ce sont des contre-temps que de telles paroles.
Ce détour ridicule est en vain pris par vous.
Je ne distingue rien en celui qui m’offense,
Tout y devient l’objet de mon courroux,
Et dans sa juste violence Sont confondus et l’amant et l’époux.
Tous deux de même sorte occupent ma pensée,
Et des mêmes couleurs, par mon ame blessée,
Tous deux ils sont peints à mes yeux;
Tous deux sont criminels, tous deux m’ont offensee, Et tous deux me sont odieux.
jiipiter. Eh bien! puisque vous le voulez,
Il faut donc me charger du crime.
Oui, vous avez raison lorsque vous m’immolez A vos ressentiments en coupable victime.
Un trop juste dépit contre moi vous anime,
Et tout ce grand courroux qu’ici vous étalez Ne me fait endurer qu’un tourment légitime.
C’est avec droit que mon abord vous chasse,
Et que de me fuir en tous lieux Votre colère me menace.
Je dois vous être un objet odieux.
Vous devez me vouloir un mal prodigieux.
Il n’est aucune horreur que mon forfait ne passe,
D’avoir offensé vos beaux yeux.
C’est un crime à blesser les hommes et les dieux, lit je mérite enfin, pour punir cette audace,
Que contre moi votre haine ramasse Tous ses traits les plus furieux.
Mais mon cœur vous demande grâce;
Pour vous la demander je me jette a genoux,
Et la demande au nom de la plus vive flamme,
Du plus tendre amour dont une ame Puisse jamais brûler pour vous.
Si votre cœur, charmante Alcmène,
Me refuse la grâce où j’ose recourir ,
Il faut qu’une atteinte soudaine M’arrache, en me faisant mourir,
Aux dures rigueurs d’une peine Que je ne saurois plus souffrir.
Oui, cet état me désespère.
Alcmène , ne présumez pas Qu’aimant, comme je fais, vos célestes appas,
Je puisse vivre un jour avec votre colère.
Déjà de ces moments la barbare longueur Fait, sous des atteintes mortelles,
Succomber tout mon triste cœur,
Et de mille vautours les blessures cruelles N’ont rien de comparable à ma vive douleur. Alcmène, vous n’avez qu’à me le déclarer;
S’il n’est point de pardon que je doive espérer,
Cette épée aussitôt, par un coup favorable,
Va percer à vos yeux le cœur d’un misérable,
Ce cœur, ce traître cœur trop digne d’expirer, Puisqu’il a pu fâcher un objet adorable:
Heureux, en descendant au ténébreux séjour,
Si de votre courroux mon trépas vous ramène,
Et ne laisse en votre ame, après ce triste jour, Aucune impression de haine Au souvenir de mon amour.
C’est tout ce que j’attends pour faveur souveraine. ai.cMÈNK. Ah! trop cruel époux!
.ujpiTF.n. Dites, parlez, Alcmène.
alcmène. Faut-il encor pour vous conserver des bontés,
Et vous voir m’outrager par tant d’indignités? jirpiTF.u. Quelque ressentiment qu’un outrage nous cause,
Tient-il contre un remords d’un cœur bien enflamme