‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 228 sur 785 · ACTE 11, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE I

CLAUDINE. Non.

i.ubin. Morgue! je t’aime.

CLAUDINE. Tout (le boil ?

lubin. Oui, le diable m’emporte! tu me peux croire, puisque j’en jure. Claudine. A la bonne heure.

lubin. Je me sens tout tribouiller le cœur quand je te regarde.

Claudine. Je m’en réjouis.

lubin. Comment est-ce que tu lais pour être si jolie?

Claudine. Je fais comme font les autres.

lubin. Vois-tu, il ne faut point tant de beurre pour faire un quarteron : si tu veux, tu seras ma femme, je serai ton mari, et nous serons tous deux mari et femme.

Claudine. Tu serois peut-être jaloux comme notre maître. lubin. Point.

Claudine. Pour moi , je hais les maris soupçonneux, et j’en veux un qui ne s’épouvante de rien, un si plein de confiance et si sûr de ma chasteté, qu’il me vît sans inquiétude au milieu de trente hommes. lubin. Eh bien! je serai tout comme cela.

Claudine. C’est la plus sotte chose du monde que de se défier d’une femme et de la tourmenter. La vérité de l’affaire est qu’on n’y gagne rien de bon : cela nous fait songer à mal, et ce sont souvent les maris qui, avec leurs vacarmes, se font eux-mêmes ce qu’ils sont. lubin. Eli bien ! je te donnerai la liberté de faire tout ce qu’il te plaira. Claudine. Voilà comme il faut faire pour n’être point trompé. Lorsqu’un mari se met à notre discrétion, nous ne prenons de liberté que ce qu’il nous en faut, et il en est comme avec ceux qui nous ouvrent leur bourse et nous disent: Prenez. Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de la raison. Mais ceux qui nous chicanent, nous nous efforçons de les tondre, et nous ne les épargnons point. lubin. Va, je serai de ceux qui ouvrent leur bourse, et tu n’as qu’à te marier avec moi.

Claudine. Eh bien! bien, nous verrons.

lubin. Viens donc ici , Claudine.

CLAUDINE. Que veux-tu?

lubin. Viens , te dis-je.

Claudine. Ah! doucement. Je n’aime point les patineurs. lubin. Hé! un petit brin d’amitié.

Claudine. Laisse-moi, là, te dis-je; je n’entends pas raillerie. lubin. Claudine !

Claudine, repoussant Lubin. Hai!

lubin. Ah! que tu es rude à pauvres gens! Fi! que cela est malhonnête de refuser les personnes! N’as-tu point de honte d’être belle, et de ne vouloir pas qu’on te caresse? Hé! là!

GEO RG K D A N D I N ,

Claudine. Je te donnerai sur le nez.

lubin. Oh , la farouche! la sauvage! Fi! pouas! la vilaine, qui est cruelle!

Claudine. Tu t’émancipes trop.

lubin. Qu’est-ce que cela te coûteroit de me laisser un peu faire?

Claudine. Il faut que tu te donnes patience.

lubin. Un petit baiser seulement, en rabattant sur notre mariage.

Claudine. Je suis votre servante.

lubin. Claudine, je t’en prie, sur l’et-tant-moins.

Claudine. Hé! que nenni! J’y ai déjà été attrapée. Adieu. Va-ten, et dis à monsieur le vicomte que j’aurai soin de rendre son billet.

lubin. Adieu, beauté rude ânière.

Claudine. Le mot est amoureux.

lubin. Adieu, rocher, caillou, pierre de taille, et tout ce cjuil y a de plus dur au monde.

Claudine, seule. Je vais remettre aux mains de ma maîtresse.... Mais la voici avec son mari : éloignons-nous, et attendons qu’elle soit seule.

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