‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 245 sur 785 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE, assis au fond du théâtre ; GEORGE DANDIN, à moitié déshabillé ; LUBIN.

george dandin, à part. J’ai entendu descendre ma femme, et je me suis vite habillé pour descendre après elle. Où peut-elle être allée? Seroit-elle sortie?

lubin, cherchant Claudine , et prenant George Dandin pour Claudine. Où es-tu donc, Claudine? Ah! te voilà. Par ma foi, ton maître est plaisamment attrapé ; et je trouve ceci aussi drôle que les coups de bâton de tantôt, dont on m’a fait récit. Ta maîtresse dit qu’il ronfle à cette heure comme tous les diantres ; et il ne sait pas que monsieur le vicomte et elle sont ensemble pendant qu’il dort. Je voudroisbien savoir quel songe il fait maintenant. Cela est tout-à-fait risible. De quoi s’avise-t-il aussi d’être jaloux de sa femme, et de vouloir qu’elle soit à lui tout seul? C’est un impertinent, et monsieur le vicomte lui fait trop d’honneur. Tu ne dis mot, Claudine? Allons, suivons-les, et me donne ta petite menote, que je la baise. Ah! que cela est doux!

GEORGE D ANDIN ,

Il nie semble que je mange des confitures, [à George Dandin, qu il prend toujours pour Claudine , et qui le repousse rudement.) Tudieu! comme vous y allez! voilà une petite menote qui est un peu bien rude.

GEORGE GANDIN. Qui Va là?

lubin. Personne.

george dandin. Il fuit, et me laisse informé de la nouvelle perfidie de ma coquine. Allons, il faut que, sans tarder, j envoie appeler son père et sa mère, et que cette aventure me serve a me laire séparer d’elle. Holà! Colin! Colin!

ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE, LUBIN, assis au fond du théâtre ; GEORGE DANDIN, COLIN.

colin , à la fenêtre. Monsieur ?

george dandin. Allons, vite ici-bas.

colin, sautant par la fenêtre. M’y voilà, on ne peut pas plus vite.

GEORGE DANDIN. Tu eS là?

colin. Oui, monsieur.

( Pendant que George Dandin va chercher Colin du côté où il a entendu sa voix , Colin passe de Vautre et s'endort.) george dandin, se tournant du côté où il croit qu’est Colin. Doucement. Parle bas. Écoute. Va-t’en chez mon beau-père et ma belle-mère, et dis que je les prie très-instamment de venir tout à l’heure ici. Entends-tu? Hé! Colin! Colin!

colin, de V autre côté, se réveillant. Monsieur? george dandin. Où diable es-tu?

colin. Ici.

george dandin. Peste soit du maroufle qui s’éloigne de moi! ( Pendant que George Dandin retourne du côté où il croit que Colin est resté , Colin , à moitié endormi , passe de Vautre côté et se rendort.) Je te dis que tu ailles de ce pas trouver mon beau-père et ma belle-mère, et leur dire que je les conjure de se rendre ici tout à l’heure. M’entends-tu bien? Réponds. Colin! Colin!

colin, de Vautre côté , se réveillant. Monsieur?

george dandin. Voilà un pendard qui me fera enrager. Viens-t’en à moi. [Ils se rencontrent, et tombent tous deux.) Ah! le traître! il m’a es-

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