‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 27 sur 785 · THIBAUT, PERRIN, SG ANARELLE · texte numérisé non relu

THIBAUT, PERRIN, SG ANARELLE

thibaut. Monsieu, je venons vous charcher, mon fils Perrin et moi.

SG ANARELLE. Qu’y a-t-il?

thibaut. Sa pauvre mère, qui a nom Parrette, est dans un lit malade il y a six mois.

sc anarelle , tendant la main comme pour recevoir de l’argent. Que voulezvous que j’y fasse?

thibaut. Je voudrions, monsieu, que vous nous baillissiez queuque petite drôlerie pour la garir.

so anarelle. Il faut voir de quoi est-ce qu’elle est malade.

thibaut. Aile est malade d’hypocrisie, monsieu.

sganarelle. D’hypocrisie?

thibaut. Oui, c’est-à-dire qu’allé est enflée partout; et l’an dit que c’est quantité de sériosités qu’allé a dans le corps, et que son foie, son ventre

ou sa rate, comme vous voudrais l’appeler, au glieu de faire du sang ne fait plus que de liau. Aile a, de deux jours l’un, la fièvre quoliguienne avec des lassitudes et des douleurs dans les mufles des jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prêts à l’étouffer, et parfois il lui prend des syncoles et des conversions que je crayons qu’allé est passée. J’avons dans notre village un apothicaire, révérence parler, qui li a donné je ne sais combien d’histoires; et il m’en coûte plus d’eune douzaine de bons écus en lavements, ne v’s en déplaise, en aposthumes, qu’on li a fait prendre, en infections de jacinthe et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit l’autre, n’a été que de l’onguent mi ton-mitaine. Il veloit li bailler d’une certaine drogue que l’on appelle du vin amétile; mais j’ai-z-eu peur franchement que ça l’envoyît à patres, et l’an dit que ces gros médecins tuontje ne sais combien de monde avec cette invention-là. sganarelle, tendant toujours la main. Venons au fait, mon ami, venons au fait.

thxbaut. Le fait est, monsieu, que je venons vous prier de nous dire ce qu’il faut que je fassions.

sg an ar elle. Je ne vous entends point du tout.

perrin. Monsieu, ma mère est malade, et vlà deux écus que je vous apportons pour nous bailler queuque remède, s g an are l le. Ah! je vous entends, vous. Voilà un garçon qui parle clairement et qui s’explique comme il faut. Vous dites que votre mère est malade d’hydropisie, qu’elle est enflée par tout le corps; qu’elle a la lièvre avec des douleurs dans les jambes, et qu’il lui prend parfois des syncopes et des convulsions, c’est-à-dire des évanouissements. perrin. Eh! oui, monsieu, c’est justement ça.

sganarelle. J’ai compris d’abord vos paroles. Vous avez un père qui ne sait ce qu’il dit. Maintenant vous me demandez un remède? perrin. Oui, monsieu.

sganarelle. Un remède pour la guérir?

perrin. C’est comme je l’entendons.

sganarelle. Tenez, voilà un morceau de fromage qu’il faut que vous lui fassiez prendre.

perrin. Du fromage, monsieu?

sganarelle. Oui, c’est un fromage préparé, où il entre de l’or, du corail et des perles, et quantité d’autres choses précieuses. perrin. Monsieu, je vous sommes bien obligés, et j’allons li faire prendre ça tout à l’heure.

sganarelle. Allez. Si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer du mieux que vous pourrez.

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