‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 336 sur 785 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

matière tout-à-fait disposée pour ce cpie nous voulons, et qu’il est homme enfin à donner dans tous les panneaux qu’on lui présentera. éraste. Nous dis-tu vrai?

sbrigani. Oui, si je me commis en gens.

xérine. Madame, voilà un illustre. Votre affaire ne pouvoit être mise en de meilleures mains, et c’est le héros de notre siècle pour les exploits dont il s’agit; un homme qui, vingt fois en' sa vie, pour servir ses amis, a généreusement affronté les galères; qui, au péril de ses bras et de scs épaules, sait mettre noblement à fin les aventures les plus difficiles, et qui, tel que vous le voyez , est exilé de son pays pour je ne sais combien d’actions honorables qu’il a généreusement entreprises. sbrigani. Je suis confus des louanges dont vous m’honorez : et je pourrois vous en donner avec plus de justice sur les merveilles de votre vie, et. principalement sur la gloire que vous acquîtes , lorsque avec tant d’honnêteté vous pipâtes au jeu , pour douze mille écus, ce jeune seigneur étranger que l’on mena chez vous ; lorsque vous fîtes galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille; lorsque avec tant de grandeur d’ame vous sûtes nier le dépôt qu’on vous avoit confié; et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l’avoient pas mérité. nérine. Ce sont petites bagatelles qui ne valent pas qu’on en parle; et vos éloges me font rougir.

sbrigani. Je veux bien épargner votre modestie; laissons cela : et, pour commencer notre affaire, allons vite joindre notre provincial, tandis que de votre coté vous nous tiendrez prêts au besoin les autres acteurs de la comédie.

éraste. Au moins, madame, souvenez-vous de votre rôle ; et, pour mieux couvrir notre jeu, feignez, comme on vous a dit, d’être la plus contente du monde des résolutions de votre père. julie. S’il ne tient qu’à cela , les choses iront à merveille. éraste. Mais, belle Julie, si toutes nos machines venoient à ne pas réussir ? julie. Je déclarerai à mon père mes véritables sentiments. éraste. Et si, contre vos sentiments , il s’obstinoit à son dessein ? julie. Je le menacerois de me jeter dans un couvent. éraste. Mais si , malgré tout cela, il vouloit vous forcer à ce mariage? julie. Que voulez-vous que je vous dise ? éraste. Ce que je veux que vous me disiez ? julie. Oui.

éraste. Ce qu’on dit quand on aime bien. julie. Mais quoi?

éraste. Que rien ne pourra vous contraindre; et que, malgré tous les efforts d’un père, vous me promettez d’être à moi. julie. Mon dieu! Éraste, contentez-vous de ce que je fais maintenant; et

MONSIEUR DE POURCEAUGN AC

n’allez point tenter sur l’avenir les résolutions de mon cœur; ne fatiguez point mon devoir par les propositions d’une fâcheuse extrémité dont peut-être n’aurons-nous pas besoin; et, s’il y faut venir, souffrez au moins que j’y sois entraînée par la suite des choses. éraste. Hé bien!...

sbrigani. Ma foi! voici notre homme : songeons à nous. nérine. Ah! comme il est bâti!

Page 1