‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 360 sur 785 · ACTE II, SCENE IV. m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. m

cela; et il me semble toujours que je vois une douzaine de lavements qui me couchent en joue.

sbrigani. Voilà une méchanceté bien grande; et les hommes sont bien traîtres et scélérats!

monsieur de pourceaugnac. Enseignez-moi , de grâce, le logis de monsieur Oronte; je suis bien aise d’y aller tout à l’heure. sbrigani. Ah! ah! vous êtes donc de complexion amoureuse? et vous avez ouï parler que ce monsieur Oronte a une fille?... monsieur de pourceaugnac. Oui. Je viens l’épouser. sbrigani. L’é... l’épouser?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Oui.

sbrigani. En mariage?

monsieur de pourceaugnac. De quelle façon , donc ? sbrigani. Ah! c’est une autre chose; et je vous demande pardon. monsieur de pourceaugnac. Qu’est-ce que cela veut dire? sbrigani. Rien.

monsieur de pourceaugnac. Mais encore?

sbrigani. Rien, vous dis-je. J’ai un pçu parlé trop vite. monsieur de pourceaugnac. Je vous prie de me dire ce qu’il y a làdessous.

sbrigani. Non : cela n’est point nécessaire. monsieur de pourceaugnac. De grâce.

sbrigani. Point. Je vous prie de m’en dispenser.

monsieur de pourceaugnac. Est-ce que vous n’ètes pas de mes anus? sbrigani. Si fait. On ne peut pas l’être davantage. monsieur de pourceaugnac. Vous devez donc ne me rien cacher. sbrigani. C est une chose où il y va de l’intérêt du prochain. monsieur de pourceaugnac. Afin de vous obliger à m’ouvrir votre cœur, voilà une petite bague que je vous prie de garder pour l’amour de moi.

sbrigani. Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en conscience. ( après s'étre un peu éloigné de monsieur de Pourceaugnac.) C’est un homme qui cherche son bien, qui tâche de pourvoir sa fille le plus avantageusement qu’il est possible; et il ne faut nuire à personne. Ce sont des choses qui sont connues, à la vérité; mais j’irai les découvrir à un homme qui les ignore ; et il est défendu de scandaliser son prochain. Cela est vrai; mais, d’autre part, voilà un étranger qu’on veut surprendre, et qui, de bonne foi, vient se marier avec une fille qu’il ne connoît pas et qu’il n’a jamais vue; un gentilhomme plein de franchise, pour qui je me sens de l’inclination, qui me fait l’honneur de me tenir pour son ami, prend confiance en moi, et me donne une bague a garder pour 1 amour de lui. (« monsieur de Pourceaugnac .) Oui ; je trouve que je puis vous dire les choses sans blesser ma con-

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

science : mais tâchons de vous les dire le plus doucement cju il nous sera possible, et d’épargner les gens le plus que nous pourrons. De vous dire que cette fille-là mène une vie déshonnête, cela seroit un peu trop fort. Cherchons, pour nous expliquer, quelques termes plus doux. Le mot de galante aussi n’est pas assez : celui de coquette achevée me semble propre à ce que nous voulons, et je raen puis servir pour vous dire honnêtement ce qu’elle est. monsieur ue pourceaugnac. L’on me veut donc prendre pour dupe? sbrigani. Peut-être, dans le fond, n’y a-t-il pas tant de mal que tout le monde croit; et puis il y a. des gens, après tout, qui se mettent audessus de ces sortes de choses, et qui ne croient pas que leur honneui dépende...

monsieur de pourceaugnac. Je suis votre serviteur ; je ne me veux point mettre sur la tète un chapeau comme celui-là; et l’on aime à aller le front levé dans la famille des Pourceaugnacs. sbrigani. Voilà le père.

monsieur ue pourceaugnac. Ce vieillard-la? sbrigani. Oui. Je me retire.

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