‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 369 sur 785 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI

monsieur de pourceaugnac. Ali ! je suis assommé ! Quelle peine ! Quelle maudite ville! Assassiné de tous côtés!

sbrigani. Qu’est-ce, monsieur? Est-il encore arrivé quelque chose? monsieur de pourceaugnac. Oui. Il pleut en ce pays des femmes et des lavements.

sbrigani. Comment donc?

monsieur de pourceaugnac. Deux carognes de baragouineuses me sont venu accuser de les avoir épousées toutes deux, et me menacent de la justice.

sbrigani. Voilà une méchante affaire, et la justice, en ce pays-ci, est rigoureuse en diable contre cette sorte de crime. monsieur de pourceaugnac. Oui : mais, quand il y auroit information ,

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

ajournement, décret et jugement obtenu par surprise , defaut et contumace, j’ai la voie de conllit de juridiction pour temporiser cl venii aux moyens de nullité qui seront dans les procédures. sbrigani. Voilà en parler dans tous les termes; et Ion voit bien, monsieur, que vous êtes du métier.

monsieur de pourceaugnac. Moi ! point du tout. Je suis gentilhomme. sbrigani. Il faut bien, pour parler ainsi, que vous ayez étudié la pratique. monsieur de pourceaugnac. Point. Ce n’est que le sens commun qui me fait juger que je serai toujours reçu à mes faits justificatifs, et qu on ne me sauroit condamner sur une simple accusation , sans un récollement et confrontation avec mes parties.

sbrigani. En voilà de plus fin encore.

monsieur de pourceauünac. Ces mots-là me viennent sans que je les sache.

sbrigani. Il me semble que le sens commun d’un gentilhomme peut bien aller à concevoir ce qui est du droit et de l’ordre de la justice, mais non pas à savoir les vrais termes de la chicane. monsieur de pourceaugnac. Ce sont quelques mots que j ai retenus en lisant les romans.

sbrigani. Ah! fort bien !

monsieur DE pourceaugnac. Pour vous montrer que je n’entends rien du tout à la chicane, je vous prie de me mener chez quelque avocat, pour consulter mon affaire.

sbrigani. Je le veux, et vais vous conduire chez deux hommes fort habiles; mais j’ai auparavant à vous avertir de n’être point surpris de leur manière de parler : ils ont contracté du barreau cei taine habitude de déclamation, qui fait que l’on diroit qu’ils chantent; et vous prendrez pour musique tout ce qu’ils vous diront. monsieur DE pourceaugnac. Qu’importe comme ils parlent, pourvu qu’ils me disent ce que je veux savoir ?

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