ACTE I, SCÈNE II
<‘t tous mes hommages. Et plût au ciel, madame, que vous eussiez |>U vous résoudre à tenir sa place; que vous eussiez voulu jouir des conquêtes que vous lui faites, et recevoir pour vous les vœux que vous lui renvoyez!
aristione. Prince, le compliment est d’un amant adroit, et vous avez entendu dire qu’il falloit cajoler les mères pour obtenir les filles ; mais ici, par malheur, tout cela devient inutile, et je me suis engagée à laisser le choix tout entier à l’inclination de ma fille. iphicrate. Quelque pouvoir quevouslui donniez pour ce choix, ce n’estpoint compliment, madame, que ce que je vous dis. .le ne recherche la princesse Eriphile que parce qu’elle est votre sang ; je la trouve charmante par tout ce qu’elle tient de vous, et c’est vous que j’adore en elle. aristione. Voilà qui est fort bien.
iphicrate. Oui, madame, toute la terre voit en vous des attraits et des charmes que je...
aristione. De grâce , prince, ôtons ces charmes et ces attraits : vous savez que ce sont des mots que je retranche des compliments qu’on me veut faire. Je souffre qu’on me loue de ma sincérité; qu’on dise que je suis une bonne princesse, que j’ai de la parole pour tout le monde, de la chaleur pour mes amis, et de l’estime pour le mérite et la vertu; je puis tâter de tout cela : mais, pour les douceurs de charmes et d’attraits, je suis bien aise qu’on ne m’en serve point; et, quelque vérité qui s y pût rencontrer, on doit faire quelque scrupule d’en goûter la louange , quand on est mère d’une fille comine la mienne. iphicrate. Ali, madame! c’est vous qui voulez être mère malgré tout le monde; il n’est point d’yeux qui ne s’y opposent; et, si vous le vouliez, la princesse Ériphile ne seroit que votre sœur. aristione. Mon dieu! prince, je ne donne point dans tous ces galimatias où donnent la plupart des femmes : je veux être mère, parce que je la suis ; et ce seroit en vain que je ne la voudrois pas être. Ce titre n a rien qui me choque, puisque, de mon consentement, je me suis exposée a le recevoir. C’est un foible de notre sexe, dont, irrace au ciel, je suis exempte; et je 11e m’embarrasse point de ces grandes disputes d’âge, sur quoi nous voyons tant de folles. Revenons à notre discours. Est-il possible que jusqu’ici vous n’ayez pu connoître où penche l’inclination d’Ériphile?
iphicrate. Ce sont obscurités pour moi.
TiMocLÈs. C’est pour moi un mystère impénétrable.
aristione. La pudeur peut-être l’empêche de s’expliquer à vous et à moi. Sei v ons-nous de quelque autre pour découvrir le secret de son cœur. .Sostrate , prenez de ma part cette commission, et rendez cet office à tes princes, de savoir adroitement de ma fille vers qui des deux ses sentiments peuvent tourner.
/<3G LES AMANTS MAGNIFIQUES
sostrate. Madame, vous avez cent personnes dans votre cour sur qui vous pourriez mieux verser l’honneur d’un tel emploi; et je me sens mal propre à bien exécuter ce que vous souhaitez de moi. aristione. Votre mérite, Sostrate, n’est point borné aux seuls emplois de la guerre : vous avez de l’esprit, de la conduite, de 1 adresse; et ma fille fait cas de vous.
sostrate. Quelque autre mieux que moi, madame... aristione. Non, non : en vain vous vous en défendez. sostrate. Puisque vous le voulez, madame, il vous faut obéir; mais je vous jure que, dans toute votre cour, vous ne pouviez choisir personne qui ne fût en état de s’acquitter beaucoup mieux que moi d’une telle commission.
aristione. C’est trop de modestie ; et vous vous acquitterez toujours bien de toutes les choses dont on vous chargera. Découvrez doucement les sentiments d’Ériphile, et faites-la ressouvenir qu’il faut se rendre de bonne heure dans le bois de Diane.