SCENE III
ERIPHILE, CLITIDAS.
j clitidas, en chantant. La, la, la, la. ( faisant l'étonné, en voyant Eiiphile. ) Ah !
i ériphile, à Clitidas , qui feint de vouloir s' éloigner. Clitidas. clitidas. Je ne vous avois pas vu là, madame. ériphile. Approche. D’où viens-tu ?
clitidas. De laisser la princesse votre mère, qui s’en alloit vers le temple d’Apollon , accompagnée de beaucoup de gens. ériphile. Ne trouves-tu pas ces lieux les plus charmants du monde? clitidas. Assurément. Les princes vos amants y étoient. ériphile. Le fleuve Pénée fait ici d’agréables détours ! clitidas. Fort agréables. Sostrate y étoit aussi. ériphile. D’où vient qu’il n’est pas venu à la promenade? clitidas. Il a quelque chose dans la tête qui l’empêche de prendre plaisir à tous ces beaux régals. Il m’a voulu entretenir; mais vous m’avez défendu si expressément de me charger d’aucune affaire auprès de vous, que je n’ai point voulu lui prêter l’oreille; et je lui ai dit nettement que je n’avois pas le loisir de l’entendre. ériphile. Tu as tort de lui dire cela; et tu devois l’écouter. clitidas. Je lui ai dit d’abord que je n’avois pas le loisir de l’entendre;
mais après, je lui ai donné audience.
ériphile. Tu as bien fait.
clitidas. En vérité, c’est un homme qui me revient, un homme fait comme je veux que les hommes soient faits, ne prenant point des manières bruyantes et des tons de voix assommants, sage et posé en toutes choses, ne parlant jamais que bien à propos, point prompt à
LES AMANTS MAGNIFIQUES
décider, point du tout exagérateur incommode; et, quelques beaux vers que nos poëtes lui aient récites, je ne lui ai jamais oui dire : Voila qui est plus beau que tout ce qu’a jamais fait Homère. Enfin , c’est un homme pour qui je me sens de l’inclination ; et, si j’étois princesse, il ne seroit pas malheureux.
éripiiile. C’est un homme d’un grand mérite, assurément. Mais de quoi t’a-t-il parlé ?
clitidas. Il m’a demandé si vous aviez témoigné grande joie au magnifique régal que l’on vous a donné, m’a parlé de votre personne avec des transports les plus grands du monde , vous a mise au-dessus du ciel , et vous a donné toutes les louanges qu’on peut donner à la princesse la plus accomplie de la terre, entre-mêlant tout cela de plusieurs soupirs qui disoient plus qu’il ne vouloit. Enfin, à force de le tourner de tous côtés, et de le presser sur la cause de cette profonde mélancolie dont toute la cour s’aperçoit, il a été contraint de m’avouer qu’il étoit amoureux.
ériphilf. Comment, amoureux! Quelle témérité est la sienne! C’est un extravagant que je ne verrai de ma vie. ci.itidas. De quoi vous plaignez-vous, madame?
ériphilf.. Avoir l’audace de m’aimer! et, de plus, avoir l’audace de le dire !
clîtidas. Ce n’est pas vous, madame, dont il est amoureux. ériphilf.. Ce n’est pas moi?
clîtidas. Non, madame; il vous respecte trop pour cela, et est trop sage pour y penser.
ériphilf.. Et de qui donc, Clitidas?
clîtidas. D’une de vos filles, la jeune Arsinoé.
ériphilf.. A-t-elle tant d’appas, qu’il n’ait trouvé quelle digne de son amour?
clîtidas. Il l’aime éperduement, et vous conjure d’honorer sa flamme de votre protection.
ériphilf.. Moi?
clîtidas. Nop, non, madame. Je vois que la chose ne vous plaît pas. Votre colère m’a obligé à prendre ce détour; et, pour vous dire la vérité, c’est vous qu’il aime éperduement. érjphile. Vous êtes un insolent de venir ainsi surprendre mes sentiments. Allons, sortez d’ici; vous vous mêlez de vouloir lire dans les âmes, de vouloir pénétrer dans les secrets du cœur d’une princesse! Otez-vous de mes yeux, et que je ne vous voie jamais, Clitidas. clîtidas. Madame...
ériphilf.. Venez ici. Je vous pardonne cette affaire-la. clitidas. Trop de bonté, madame!
ériphilf.. Mais à condition, prenez bien garde à ce que je vous dis, que