SCÈNE P II EM I EUE
ÉRIPIIILE, CLITIDAS.
clitidas. De quel côté porter mes pas? Où m’aviserai-je d’aller? et en quel lieu puis-je croire que je trouverai maintenant la princesse Eriphile? Ce n’est pas un petit avantage que d’être le premier à porter une nouvelle. Ah! la voilà! Madame, je vous annonce que le ciel vient de vous donner l’époux qu’il vous destinoit. ériphile. Eh! laisse-moi, Clitidas, dans ma sombre mélancolie. clitidas. Madame, je vous demande pardon. Je pensois faire bien de vous venir dire que le ciel vient devons donner Sostrate pour époux; mais, puisque cela vous incommode, je rengaine ma nouvelle, et m’en retourne droit comme je suis venu.
ériphile. Clitidas! holà, Clitidas!
clitidas. Je vous laisse, madame, dans votre sombre mélancolie. ériphile. Arrête, te dis-je ; approche. Que viens-tu me dire?
4(iS
LES A MAINTS MAGNIFIQUES
clitidas. Rien, madame. On a parfois des empressements de venir dire aux grands de certaines choses dont ils ne se soucient pas; et je vous prie tle m’excuser. ériphile. Que tu es cruel!
clitidas. Une autre fois, j’aurai la discrétion de ne vous pas venir interrompre.
ériphile. Ne me liens point dans l’inquiétude. Qu’est-ce que tu viens m’annoncer?
clitidas. C’est une bagatelle de Sostrate, madame, que je vous dirai une autre fois, quand Arous ne serez point embarrassée. ériphile. Ne me fais point languir davantage, te dis-je, et m’apprends cette nouvelle.
clitidas. Vous la voulez savoir, madame? ériphile. Oui; dépêche. Qu’as-tu à me dire de Sostrate? clitidas. Une aventure merveilleuse, où personne ne s’attendoit. ériphile. Dis-moi vite ce que c’est.
clitidas. Cela ne troublera-t-il point, madame, votre sombre mélancolie? ériphile. Ah! parle promptement.
clitidas. J’ai donc à vous dire, madame, que la princesse votre mère passoit presque seule dans la forêt, par ces petites routes qui sont si agréables, lorsqu’un sanglier hideux (ces vilains sangliers-là font toujours du désordre, et l’on devrait les bannir des forêts bien policées), lors , dis-je , qu’un sanglier hideux , poussé , je crois , par des chasseurs, est venu traverser la route où nous étions. Je devrais vous faire, peutêtre , pour orner mon récit , une description étendue du sanglier dont je parle, mais vous vous en passerez, s’il vous plaît, et je me contenterai devons dire que c’étoit un fort vilain animal. U passoit son chemin, et il étoit bon de ne lui rien dire, de ne point chercher de noise avec lui; mais la princesse a voulu égayer sa dextérité, et de son dard, qu’elle lui a lancé un peu mal à propos , ne lui en déplaise , lui a fait au-dessus de l’oreille une assez petite blessure. Le sanglier, mal morigéné, s’est impertinemment détourné contre nous : nous étions là deux ou trois misérables qui avons pâli de frayeur; chacun gagnoit son arbre, et la princesse, sans défense, demeurait exposée à la furie de la bête, lorsque Sostrate a paru , comme si les dieux l’eussent envoyé. ériphile. Hé bien! Clitidas?
clitidas. Si mon récit vous ennuie , madame, je remettrai le reste à une autre fois.
ériphile. Achève promptement.
clitidas. Ma foi, c’est promptement de vrai que j’achèverai; car un peu de poltronnerie m’a empêché de voir tout le détail de ce combat; et tout ce que je puis vous dire, c’est que, retournant sur la place, nous avons vu le sanglier mort, tout vautré dans son sang, et la princesse pleine de