SCÈNE IV
ARISTIONE, ÉRIPHTLE, IPHICRATE, TIMOCLÈS, SOSTRATE, CLÉONICE, CLITIDAS.
aristione. Princes, vous agissez tous deux avec une violence bien grande! et , si Anaxarque a pu vous offenser, j’étois pour vous en faire justice inoi-inème.
IPHICRATE. Et quelle justice, madame , auriez-vous pu nous faire de lui, si vous la faites si peu a notre rang dans le choix que vous embrassez?
aristione. Ne vous êtes-vous pas soumis 1 un et l’autre à ce que pourroient décider ouïes ordres du ciel , ou l’inclination de ma fille?
timoclès. Oui, madame, nous nous sommes soumis à ce qu’ils pourroient décider entre le prince Iphicrate et moi, mais non pas à nous voir rebutés tous deux.
aristione. Et si chacun de vous a bien pu se résoudre à souffrir une préféîence, que vous arrive^t-il a tous deux où vous ne soyez préparés? et que peuvent importer à l’un et à l’autre les intérêts de son rival?
iphicrate. Oui, madame, il importe. C’est quelque consolation de se voir préférer un homme qui vous est égal ; et votre aveuglement est une chose épouvantable.
aristione. Prince, je ne veux pas me brouiller avec une personne qui m’a fait tant de grâce que de me dire des douceurs; et je vous prie, avec toute 1 honnêteté qu il m est possible , de donner à votre chagrin un fondement plus raisonnable; de vous souvenir, s’il vous plaît , que Sostrate est revêtu d’un mérite qui s’est fait connoître à toute la Grèce, et que le rang où le ciel l’élève aujourd’hui va remplir toute la distance qui étoit entre lui et vous.
iphicrate. Oui , oui , madame , nous nous en souviendrons. Mais peut-être ( aussi vous souviendrez-vous que deux princes outragés ne sont pas deux ennemis peu redoutables.
timoclès. Peut-être, madame, qu’on ne goûtera pas longtemps la joie du mépris que l’on fait de nous.
aristione. Je pardonne toutes ces menaces aux chagrins d’un amour qui se