‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 503 sur 785 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AGLAURE, CIDIPPE.

aglaure. Il est des maux, ma sœur, que le silence aigrit : Laissons, laissons parler mon chagrin et le vôtre,

Et de nos cœurs l’un à l’autre Exhalons le cuisant dépit.

Nous nous voyons sœurs d’infortune ;

Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport,

Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,

Et dans notre juste transport,

Murmurer, à plainte commune,

Des cruautés de notre sort.

Quelle fatalité secrète,

Ma sœur, soumet tout l’univers Aux attraits de notre cadette,

Et de tant de princes divers Qu’en ces lieux la fortune jette,

N’en présente aucun à nos fers?

Quoi! voir de toutes parts, pour lui rendre les armes, Les cœurs se précipiter,

Et passer devant nos charmes,

Sans s’y vouloir arrêter!

PSYCHÉ

Quel sort ont nos yeux en partage,

Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux,

De ne jouir d’aucun hommage Parmi tous ces tributs de soupirs glorieux ,

Dont le superbe avantage Fait triompher d’autres yeux?

Est-il pour nous, ma sœur, de plus rudes disgrâces, Que de voir tous les cœurs mépriser nos appas,

Et l’heureuse Psyché jouir avec audace D’une foule d’amants attachés à ses pas? cidippe. Ah! ma sœur, c’est une aventure A faire perdre la raison ;

Et tous les maux de la nature Ne sont rien en comparaison.

aglaure. Pour moi , j’en suis souvent jusqu’à verser des larmes. Tout plaisir, tout repos par là m’est arraché;

Contre un pareil malheur ma constance est sans armes. Toujours à ce chagrin mon esprit attaché Me tient devant les yeux la honte de nos charmes,

Et le triomphe de Psyché.

La nuit, il m’en repasse une idée éternelle,

Qui sur toute chose prévaut.

Rien ne me peut chasser cette image cruelle ;

Et, dès qu’un doux sommeil me vient délivrer d’elle, Dans mon esprit aussitôt Quelque songe la rappelle,

Qui me réveille en sursaut.

cidippe. Ma sœur, voilà mon martyre :

Dans vos discours je me voi ;

Et vous venez là de dire Tout ce qui se passe en moi.

aglaure. Mais encor, raisonnons un peu sur cette affaire.

Quels charmes si puissants en elle sont épars?

Et par où , dites-moi , du grand secret de plaire L’honneur est-il acquis à ses moindres regards?

Que voit-on dans sa personne ,

Pour inspirer tant d’ardeurs?

Quel droit de beauté lui donne L’empire de tous les cœurs?

Elle a quelques attraits , quelque éclat de jeunesse ;

On en tombe d’accord ; je n’en disconviens pas ;

Mais lui cède-t-on fort pour quelque peu d’aînesse,

Et se voit-on sans appas?

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