SCÈNE
PSYCHÉ, seule.
Enfin , seule et toute à moi-même ,
Je puis envisager cet affreux changement ,
Qui, du haut d’une gloire extrême,
Mc précipite au monument.
Cette gloire étoit sans seconde;
L’éclat s’en répandoit jusqu’aux deux bouts du monde; Tout ce qu’il a de rois sembloient faits pour m’aimer; Tous leurs sujets, me prenant pour déesse, Commençoient à m’accoutumer Aux encens qu’ils m’offroient sans cesse.
Leurs soupirs me suivoient, sans qu’il m’en coûtât rien Mon ame restait libre en captivant tant d’ames ;
Et j’étais , parmi tant de flammes ,
Reine de tous les cœurs, et maîtresse du mien.
O ciel! m’auriez-vous fait un crime De cette insensibilité ?
Déployez-vous sur moi tant de sévérité ,
Pour n’avoir à leurs vœux rendu que de l’estime ?
Si vous m’imposiez cette loi ,
Qu’il fallût faire un choix pour ne pas vous déplaire , Puisque je ne pouvois le faire ,
Que ne le faisiez-vous pour moi ?
Que ne m’inspiriez-vous ce qu’inspire à tant d’autres Le mérite, l’amour, et... Mais que vois-je ici?