‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 525 sur 785 · ACTE III, SCENE 111. G · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE 111. G

A menacé mes tristes jours ,

Vous qui semblez plutôt un dieu qui, par miracle,

Daigne venir lui-même à mon secours!

i.’amour. Quel besoin de secours au milieu d’un empire Où tout ce qui respire

N’attend que vos regards pour en prendre la loi ,

Où vous n’avez à craindre autre monstre que moi? psyché. Qu’un monstre tel que vous inspire peu de crainte !

Et que, s’il a quelque poison,

Une aine aurait peu de raison De hasarder la moindre plainte Contre une favorable atteinte,

Dont tout le cœur craindroit la guérison !

A peine je vous vois , que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l’image du trépas ,

Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connois pas !

J’ai senti de l’estime et de la complaisance,

De l’amitié, de la reconnoissance ;

De la compassion les chagrins innocents M’en ont fait sentir la puissance;

Mais je n’ai point encor senti ce que je sens.

Je ne sais ce que c’est ; mais je sais qu’il me charme ,

Que je n’en conçois point d’alarme.

Plus j’ai les yeux sur vous, plus je m’en sens charmer.

Tout ce que j’ai senti n’agissoit point de même ,

Et je dirois que je vous aime,

Seigneur, si je savois ce que c’est que d’aimer.

Ne les détournez point, ces yeux qui m’empoisonnent ,

Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux ,

Qui semblent partager le trouble qu’ils me donnent.

Hélas! plus ils sont dangereux,

Plus je me plais à m’attacher sur eux.

Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,

Vous dis-je plus que je ne dois,

Moi de qui la pudeur devroit du moins attendre Que vous m’expliquassiez le trouble où je vous vois?

Vous soupirez , seigneur , ainsi que je soupire ;

Vos sens, comme les miens, paroissent interdits.

C’est à moi de m’en taire , à vous de me le dire ;

Et cependant c’est moi qui vous le dis. l’amour. Vous avez eu , Psyché, l’ame toujours si dure,

Qu’il ne faut pas vous étonner

Si , pour en réparer l’injure,

L’amour, en ce moment, se paie avec usure De ceux qu’elle a dû lui donner.

Ce moment est venu qu’il faut que votre bouche Exhale des soupirs si longtemps retenus,

Et qu’en vous arrachant à cette humeur farouche,

Un amas de transports aussi doux qu’inconnus ,

Aussi sensiblement tout à la fois vous touche,

Qu’ils ont dû vous toucher durant tant de beaux jours , Dont cette ame insensible a profané le cours. rsvc.HÉ. N’aimer point c’est donc un grand crime? l’amour. En souffrez-vous un rude châtiment ?

psyché. C’est punir assez doucement. l’amour. C’est lui choisir sa peine légitime ,

Et se faire justice , en ce glorieux jour ,

D’un manquement d’amour par un excès d’amour. psyché. Que n’ai-je été plus tôt punie!

J’y mets le bonheur de ma vie.

Je devrois en rougir, ou le dire plus bas ;

Mais le supplice a trop d’appas.

Permettez que , tout haut, je le die et redie :

Je le dirois cent fois, et n’en rougirois pas.

Ce n’est point moi qui parle; et de votre présence L’empire surprenant, l’aimable violence,

Dès que je veux parler , s’empare de ma voix.

C’est en vain qu’en secret ma pudeur s’en offense ,

Que le sexe et la bienséance Osent me faire d’autres lois;

Vos yeux de ma réponse eux-mcmes font le choix ,

Et ma bouche asservie à leur toute-puissance,

Ne me consulte plus sur ce que je me dois. l’amour. Croyez, belle Psyché, croyez ce qu’ils vous disent,

Ces yeux qui ne sont point jaloux ;

Qu’à l’envi les vôtres m’instruisent De tout ce qui se passe en vous.

Croyez-en ce cœur qui soupire,

Et qui, tant que le vôtre y voudra repartir,

Vous dira bien plus d’un soupir.

Que cent regards ne peuvent dire.

C’est le langage le plus doux ;

C’est le plus fort, c’est le plus sûr de tous. psyché. L’intelligence en étoit due

A nos cœurs, pour les rendre également contents.

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