‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 526 sur 785 · ACTE III , SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCENE III

J’ai soupiré, vous m’avez entendue ;

Vous soupirez, je vous entends.

Mais ne me laissez plus en doute ,

Seigneur , et dites-moi si , par la même route ,

Après moi , le Zéphvre ici vous a rendu Pour me dire ce que j’écoute.

Quand j’y suis arrivée, étiez-vous attendu?

Et, quand vous lui parlez, êtes-vous entendu? amour. J’ai dans ce doux climat un souverain empire , Comme vous l’avez sur mon cœur;

L’Amour m’est favorable , et c’est en sa faveur Qu’à mes ordres Éole a soumis le Zéphyre.

C’est l’amour qui , pour voir mes feux récompensés, Lui-même a dicté cet oracle Par qui vos beaux jours menacés D’une foule d’amants se sont débarrassés ,

Et qui m’a délivré de l’éternel obstacle De tant de soupirs empressés Qui ne méritoient pas de vous être adressés.

Ne me demandez point quelle est cette province ,

Ni le nom de son prince :

Vous le saurez quand il en sera temps.

Je veux vous acquérir, mais c’est par mes services , Par des soins assidus et par des vœux constants , Par les amoureux sacrifices De tout ce que je suis ,

De tout ce que je puis,

Sans que l’éclat du rang pour moi vous sollicite, Sans que de mon pouvoir je me fasse un mérite ;

Et, bien que souverain dans cet heureux séjour,

Je ne vous veux , Psyché, devoir qu’à mon amour. Venez en admirer avec moi les merveilles , Princesse , et préparez vos yeux et vos oreilles A ce qu’il a d’enchantements;

Vous y verrez des bois et des prairies Contester sur leurs agréments Avec l’or et les pierreries;

Vous n’entendrez que des concerts charmants ;

De cent beautés vous y serez servie ,

Qui vous adoreront sans vous porter envie,

Et brigueront, à tous moments ,

D’une aine soumise et ravie ,

L’honneur de vos commandements.

PSYCHÉ

psyché. Mes volontés suivent les vôtres;

Je n’en saurais plus avoir d’autres :

Mais votre oracle, enfin , vient de me séparer De deux sœurs et du roi mon père ,

Que mon trépas imaginaire Réduit tous trois à me pleurer.

Pour dissiper l’erreur dont leur ame accablée De mortels déplaisirs se voit pour moi comblée ,

Souffrez que mes sœurs soient témoins Et de ma gloire et de vos soins.

Prètez-leur, comme à moi, les ailes du Zéphyre ,

Qui leur puissent de votre empire,

Ainsi qu’il moi , faciliter l’accès;

Faites-leur voir en quel lieu je respire;

Faites-leur de ma perte admirer le succès. i.’amour. Vous ne me donnez pas, Psyché, toute votre ame;

Ce tendre souvenir d’un père et de deux sœurs Me vole une part des douceurs Que je veux toutes pour ma flamme.

N’ayez d’yeux que pour moi, qui n’en ai que pour vous : Ne songez qu’à m’aimer, ne songez qu’à me plaire;

Et, quand de tels soucis osent vous en distraire... psyché. Des tendresses du sang peut-on être jaloux? l’amour. Je le suis, ma Psyché, de toute la nature.

Les rayons du soleil vous baisent trop souvent;

Vos cheveux souffrent trop les caresses du vent;

Dès qu’il les flatte, j’en murmure :

L’air même que vous respirez Avec trop de plaisir passe par votre bouche;

Votre habit de trop près vous touche;

Et, sitôt que vous soupirez,

Je ne sais quoi , qui m’effarouche ,

Craint, parmi vos soupirs, des soupirs égarés.

Mais vous voulez vos sœurs; allez, partez, Zéphyre; Psyché le veut, je ne l’en puis dédire.

( Zéphyre s’envole )

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