MT
PSYCHÉ
Ont de quoi faire honte à l’abondance même ;
Vous l’aimez autant qu’il vous aime;
Il vous charme, et vous le charmez :
Votre félicité, ma sœur, seroit extrême,
Si vous saviez qui vous aimez.
psyché. Que m’importe? j’en suis aimée.
Plus il me voit , plus je lui plais.
Il n’est point de plaisirs dont l’ame soit charmée ,
Qui ne préviennent mes souhaits;
Et je vois mal de quoi la vôtre est alarmée,
Quand tout me sert dans ce palais.
aoi.attrf.. Qu’importe qu’ici tout vous serve,
Si toujours cet amant vous cache ce qu’il est ?
Nous ne nous alarmons que pour votre intérêt.
En vain tout vous y rit , en vain tout vous y plaît ,
Le véritable amour ne fait point de réserve;
Et qui s’obstine à se cacher,
Sent quelque chose en soi qu’on lui peut reprocher.
Si cet amant devient volage,
Car souvent, en amour, le change est assez doux,
Et j’ose le dire entre nous,
Pour grand que soit l’éclat dont brille ce visage,
Il en peut être ailleurs d’aussi belles que vous :
Si , dis-je, un autre objet sous d’autres lois l’engage ;
Si , dans l’état où je vous voi ,
Seule en ses mains, et sans défense,
Il va jusqu’à la violence,
Sur qui vous vengera le roi , *
Ou de ce changement, ou de cette insolence? psyché. Ma sœur, vous me faites trembler.
Juste ciel! pourrois-je être assez infortunée... cidippe. Que sait-on si déjà les nœuds de l’hyménée... psyché. N’achevez pas, ce seroit m’accabler. aolaure. Je n’ai plus qu’un mot à vous dire.
Ce prince qui vous aime, et qui commande aux vents, Qui nous donne pour char les ailes du Zéphyre,
Et de nouveaux plaisirs vous comble à tous moments , Quand il rompt à vos yeux l’ordre de la nature , Peut-être à tant d’amour mêle un peu d’imposture; Peut-être ce palais n’est qu’un enchantement ;
Et ces lambris dorés, ces amas de richesses,
Dont il achète vos tendresses ,
Dès qu’il sera lassé de souffrir vos caresses ,